Paroisse Notre-Dame de la Mer

Nous sommes très heureux de vous accueillir sur le site officiel de la paroisse Notre-Dame de la Mer à La Seyne sur Mer

Dimanche 10 Août 2014, 19ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour

  • Lecture du premier livre des Rois ( 19, 9a.11-13a)
  • Psaume 84  » Fais-nous voir, Seigneur , ton amour, et donne nous ton salut »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains (9,1-5)
  • Évangile selon Saint Matthieu ( 14, 22-3)

Homélie du Père J-F. Marmier

Pendant ces mois d’été, tout au long de ces semaines de vacances, la liturgie nous offre des textes vraiment magnifiques. On peut dire que nous recevons aujourd’hui une Parole de circonstance, puisque nous avons un récit de mer et un récit de montagne.

Les lieux sont très importants dans la Bible. A travers le jardin, le désert, une ville, la mer, la montagne ou un autre lieu, la Parole dessine notre géographie intérieure. Tous ces lieux bibliques nous aident à repérer ce qui se passe en nous. Ce dimanche, la Parole nous situe donc entre mer et montagne.

La montagne d’abord. 9 siècles avant Jésus, le prophète Elie fuit la colère de la reine Jézabel. Elie s’est retiré au désert. Il est au plus bas. Son état intérieur est tel qu’il en vient à réclamer la mort. Et bien, c’est précisément là, au fond de son désespoir, que le Seigneur intervient. « Mange Elie ! Marche 40 jours dans ce désert et monte sur la montagne ; le Seigneur va passer pour toi. »

     Notez ces trois verbes : manger, marcher et monter. C’est ainsi que Dieu remet la vie d’Elie, le prophète déprimé à en mourir, en route. Une nourriture adaptée, la marche, le temps, le désert et l’élévation spirituelle vous remettent un homme abattu en route. Des anciens Pères jusqu’aux pèlerins de Compostelle, beaucoup continuent d’éprouver avec succès cette thérapeutique du désert.

Dans la marche, l’âme tourmentée du prophète se pacifie. Purifié par l’épreuve, il va rencontrer son Seigneur. En théologie, on dit que la foi est obscure et certaine. En effet, Elie ne va rien voir. Il va sentir Dieu passer comme une caresse de vent sur son solide visage de prophète. Juste une petite brise sur son corps d’homme fatigué. A peine une pincée de vent pour un cœur déchiré et une âme en peine. On dirait que Dieu a la nostalgie de cette brise du soir dans laquelle Il venait rencontrer l’homme au jardin des origines. « Un sillage, une trace, un parfum. Dieu passe comme un silence. » S. Jean de la Croix. 

Et maintenant, la mer. Ce lac de Tibériade qu’on appelle mer de Galilée est un lieu géographique très particulier et chargé d’histoire. Une étendue d’eau avec ses dangers et ses tempêtes. Dans une barque de pêcheurs, quelques hommes se sont affrontés toute la nuit à la fureur des vents contraires et à des eaux hostiles. Aux premières lueurs de l’aube, quelqu’un s’avance vers eux sur les flots. Le petit groupe est pris de panique.

Ce n’est pas seulement la peur de l’inconnu qui les trouble. C’est une peur très ancienne qui remonte en eux. C’est le péché qui a inoculé dans le cœur de l’homme ce terrible venin de la peur : « J’ai eu peur de Toi et je me suis caché. » Adam est entré dans le monde de la peur. Dieu fait partie de notre peur : Que va t-Il me faire ? Que va t-Il me prendre ?

Comme l’Adam des origines, comme Elie le prophète, comme Pierre et les autres disciples, l’homme d’aujourd’hui est un être d’angoisse et de peur. Jésus est venu nous tirer de là. Il nous arrache à nos peurs comme il retire Pierre de la mer, le doute l’avale.

Nous entendons aujourd’hui ces récits qui évoquent la mer et la montagne. Ces textes dessinent quelque chose de notre paysage intérieur avec ses immensités et sa diversité. Le monde extérieur n’étant qu’une infime partie, juste un reflet du monde qui est en nous.

La Bible nous transmet de précieux témoignages. Elie, Pierre et tous les autres ont fait l’expérience de Dieu. Quand il contemple son Seigneur, Pierre marche sur les eaux. Quand il est dans le mental, il coule. Quand il compte sur ses propres forces Elie s’effondre, mais quand il est au plus bas le Seigneur le touche.

La foi, c’est d’abord une question  d’expérience. L’expérience de Dieu, c’est ce qui nous manque le plus. L’expérience spirituelle, c’est chaque fois que devant ces petites choses de la vie, aussi simples que la caresse du vent, vous pouvez dire : « cela me touche.«  Le temps de vacances est justement un moment favorable pour vivre une expérience spirituelle.

Il faut être attentif à ces moments de la vie où nous percevons qu’il se passe quelque chose en nous. Dans ces moments là, nous nous sentons touchés par une réalité immense qui est simplement là. Comme Elie, nous sentons que « Dieu passe pour nous. » Comme Pierre, nous sentons qu’il y a autre chose sous l’aspect visible des choses. A certains moments, vous pouvez sentir qu’il y a autre chose au-dessous de toute cette folie du monde. En chaque être humain, il y a autre chose. Parfois, c’est très profond mais c’est là.

Quand nous considérons l’actualité du monde, la vie des gens, les situations dans nos familles et dans notre propre vie, nous voyons que certains comportements sont vraiment problématiques. Une fois mis en place, ces comportements négatifs refusent de s’arrêter. C’est ainsi qu’Elie tombait dans une profonde dépression et Pierre sombrait dans le gouffre du doute.

Comment on se sort de là ? Comment on sort de ces vieux schémas qui veulent se maintenir en nous ? Comment on sort de toute cette violence en nous et autour de nous ? Il faut simplement en prendre conscience : « Tiens, revoilà ma vieille habitude à me plaindre, à en vouloir aux autres, à leur faire supporter ce qui ne va pas en moi… » Cette simple prise de conscience, c’est comme une brèche dans nos vieilles habitudes. A partir de là, un chemin devient possible.

Je ne vois pas d’autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même

 et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. 

Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde

 nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà.

Etty Hillesum.


 

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