Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 7 Septembre 2014, 23ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre d’Ézékiel ( 33, 7-9)
  • Psaume 94  » Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur,  mais écoutons le voix du Seigneur »
  • Lecture de la lettre de St Paul Apôtre aux Romains ( 13, 8-10)
  • Évangile selon St Matthieu ( 18, 15-20)

Homélie du Père J-F Marmier

S’il est un vaste sujet, un thème plus que jamais d’actualité, c’est bien celui du pardon. Dans le monde où nous vivons, le pardon c’est vraiment la seule solution. Vivre le pardon est nécessaire au bien commun et indispensable au vivre ensemble.

En même temps, le pardon est un bon indicateur de notre avancement spirituel. Le pardon est comme le baromètre de notre vie intérieure. Jésus en fixe le curseur au centre de la prière qu’il nous transmet : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Dans l’enseignement que Jésus donne ici, on voit que le pardon est un processus. Il passe par des étapes : aller voir son frère, lui parler seul à seul, lui montrer sa faute, dans certains cas faire appel à d’autres et finalement s’en remettre à la communauté. Tout un travail est nécessaire pour arriver sur la voie du pardon.

A un moment, c’est Pierre qui interroge Jésus au sujet du pardon. Il recevra en réponse le fameux « 77 fois 7 fois. » Le pardon est un processus intérieur qui doit sans cesse être repris. C’est un travail quotidien, souvent un très long chemin. Il faut du temps pour sortir du rapport de force et ne plus être dans la réactivité : « Tu m’as dit ceci. Tu m’as fait cela… »

La relation à l’autre est révélatrice de ce qui se passe en nous. Si nous sommes en paix avec nous-mêmes, nous serons moins perturbés par l’attitude des autres. Au contraire, la personne qui s’enflamme aussitôt, les réactions disproportionnées avec les faits, tout cela en dit long sur notre état intérieur. On peut projeter à l’extérieur un malaise qui en réalité est intérieur. C’est pourquoi, la colère doit être regardée avec précision. On ne peut pas se contenter de dire : « Je suis coléreux. Je suis impulsif et c’est comme çà. Vous devrez vous y faire. » La colère un symptôme dont il faut chercher la racine : Après qui suis-je en colère ? D’où vient-elle cette colère ?

L’ego blessé réagit toujours vivement. Pour commencer un chemin de pardon et de réconciliation, il faut trouver une certaine paix intérieure. Jésus insiste pour que nous soyons des artisans de paix, des apôtres de la paix, parce que le pardon n’est pas une option parmi d’autres. C’est le seul remède au problème du mal qui ravage notre monde.

Dans ce passage, Jésus montre que toute relation doit être considérée avec soin. Nous devons tout faire, prendre tous les moyens pour restaurer une relation blessée. Il y a bien des cas où la relation est tellement abîmée et la situation est tellement douloureuse qu’on ne voit aucune possibilité de restaurer quoi que ce soit. Il nous est au moins demandé de ne pas haïr l’autre.

Il est important de faire la distinction entre la personne et les actes. Très souvent nous identifions la personne avec ses actes. Nous enfermons les gens dans des catégories. Une des fonctions préférées du mental c’est l’étiquetage. Notre mental étiquette en permanence : « C’est un bon à rein, c’est un cuistre… » Pour commencer, il faut arrêter l’étiquetage, arrêter d’identifier les personnes avec leurs actes.

Isaac le Syrien a dit cette phrase très fameuse : « Ne déteste pas ton frère mais les passions qui lui font la guerre. » Petite phrase mais très grand enseignement. En fait, le problème ce n’est pas tant l’autre mais les passions qui lui pourrissent la vie et du coup la nôtre aussi. Ne nous trompons souvent d’ennemi. Le véritable ennemi ce sont les forces de mal, de violence et de haine qui peuvent s’emparer de chacun de nous.

Le problème, c’est quand l’ego a pris toute la place en nous. Le malheur, c’est quand on s’est laissé dévorer par son petit moi, ses désirs, ses passions et ses pulsions. Le malheur, c’est quand on n’a pas fait le travail de conversion, ce chemin spirituel que tout humain est appelé à vivre. 

« Ne déteste pas ton frère mais les passions qui lui font la guerre. » Cela ne veut pas dire que la personne n’est pas responsable de ses actes. Cela signifie que cette personne ne peut pas se résumer à ce qu’elle a fait de mal. Cette personne est fautive. Elle doit prendre conscience de ses actes pour vivre une transformation intérieure.

Quand Jésus dit : « Vas voir son frère, parle-lui seul à seul, montre-lui sa faute et, s’il faut aller jusque là, fais appel à la communauté », il ne s’agit pas de convoquer un tribunal, mais de mettre en place un protocole de guérison pour que le fautif puisse vivre un chemin de libération intérieure.

Isaac le Syrien dit que c’est sous l’emprise des passions que l’humain commet le mal. Pour la tradition chrétienne comme pour toutes les traditions spirituelles, les vrais ennemis de l’homme sont les passions. C’est pourquoi tout chemin spirituel commence d’abord par la purification du cœur, la conversion. Il faut se libérer de l’emprise des passions. C’est une démarche fondamentale, le premier pas de l’aventure spirituelle. Si l’on fait l’impasse sur le travail de purification intérieure, la vie spirituelle ne peut pas se développer. Il faut d’abord nettoyer et purifier le terrain.

Jésus nous appelle au pardon mutuel et ses derniers mots sur la Croix seront pour nous obtenir le pardon. Le pardon est trop souvent vécu comme une obligation morale et reste de ce fait assez superficiel. En fait, on excuse en croyant pardonner. Dans cet Évangile, Jésus montre bien qu’il faut travailler à la réconciliation.

J’écoutais le témoignage d’un homme qui s’est peu à peu enfoncé dans l’erreur et le désordre. Tout son être et tout son entourage en ont sérieusement pâti. A un moment, alors qu’il était près de mourir, il a décroché son téléphone pour demander pardon et proposer une réparation à tous ceux qu’il avait blessé, volé, menti, trahi… C’est alors que cet homme s’est doucement remis en vie. En demandant le pardon, il s’est affranchi de cette logique de mort qui le détruisait. Le pardon a enclenché la guérison de tout son être. Le pardon est une puissance de résurrection. C’est une puissance de vie qui triomphe du mal, de la haine et de la violence. Vivre le pardon c’est faire triompher la vie sur la mort.

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