Paroisse Notre-Dame de la Mer

Nous sommes très heureux de vous accueillir sur le site officiel de la paroisse Notre-Dame de la Mer à La Seyne sur Mer

Dimanche 14 Septembre 2014, La Croix glorieuse

Textes du jour

  • Lecture du livre des Nombres (21, 4b-9)
  • Psaume 77  » Par ta croix, Seigneur, tu nous rends la vie »
  • Lecture de la lettre de St Paul Apôtre aux Philippiens ( 2, 6-11)
  • Évangile selon Saint Jean ( 3, 13-17)

Homélie du Père J-F Marmier

Le 14 septembre, l’Eglise fête l’exaltation de la Sainte Croix. Les textes de la liturgie parlent justement d’élévation. Dans le camp des Hébreux, Moïse élève le serpent de bronze au sommet d’un mat. Dans l’Evangile, Jésus annonce son élévation sur le bois de la Croix. Ces deux élévations ont une même caractéristique, elles apportent la guérison. Guérison de la brûlure des serpents pour la première et guérison de la brûlure de l’antique serpent pour qui regarde Jésus élevé en Croix.

L’histoire du serpent de bronze est riche d’enseignement. Les Hébreux ont connu l’esclavage en Egypte. Ils ont été écrasés et rabaissés pendant plusieurs générations. Ces hommes courbés dans la glaise à fabriquer des briques pour Pharaon mettront du temps à se redresser. Ils ont certainement été fascinés par la culture de l’Egypte, par ses idoles et ses tombeaux. Diminués et fragilisés, ils doivent maintenant s’engager sur le chemin de vie.

Les Hébreux ont été infantilisés par un système. Au fils des textes, nous voyons qu’ils pleurnichent et se plaignent comme des gamins. Sommes-nous si loin de cette situation, d’un système qui infantilise les populations, de gens capricieux et exigeants.

Nous sommes tous marqués par des événements qui ont laissé des empreintes plus ou moins profondes en nous. Certains traumatismes déterminent ce que nous sommes aujourd’hui, le plus souvent d’ailleurs à notre insu. C’est pourquoi le chemin spirituel passe toujours par un travail de purification du cœur. Pour les Hébreux, ce temps de purification c’est l’épreuve du désert. Quarante ans pour se libérer des conséquences du passé. Quarante années pour guérir et se mettre debout face à Dieu, face au monde, face aux hommes et d’abord face à eux-mêmes.

« Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d’Israël, à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse… Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent. » Si on en reste à un premier niveau de lecture, alors apparaît encore le spectre du Dieu autoritaire et du châtiment divin. Comprenons bien la signification profonde de ces versets. Au lieu d’être une sentence et une punition divine, ce récit nous renvoie à notre propre responsabilité. En effet, certaines attitudes nous condamnent. Ces serpents nous font comprendre qu’il y a auto-intoxication. Nous nous empoisonnons nous-mêmes.

Ce qui se passe dans le camp des Hébreux ne nous est finalement pas si étranger. Les vieilles habitudes ont la peau dure et les schémas répétitifs réapparaissent toujours. On se souvient du vieux proverbe latin : « Errare humanum est, perseverare diabolicum. » Alors, à un moment Dieu intervient pour les faire sortir de cette situation venimeuse et du nœud de vipères où ils s’enferment.

Ils reçoivent alors un signe un peu étrange, ce serpent de bronze fixé en haut d’un mât. Pourquoi un tel signe et que nous dit-il ? Toute blessure nous replie sur nous-mêmes. Dans la douleur et dans l’épreuve, nous nous replions sur nous en désespérant des autres et en doutant de Dieu. D’instinct, les corps se contractent et les cœurs se ferment. C’est pourquoi, le Seigneur donne à Moïse ce signe étonnant qui oblige à lever la tête.

D’autre part, ce signe nous oblige à regarder notre mal en face. Devant la Croix je dis : « Voilà ce que je te fais Seigneur. Voilà où mon mal t’a conduit. » Vous savez, il ne faut pas avoir peur des périodes de crise. Si l’on regarde les choses en face et si l’on décolle de soi, une période de crise est un temps de croissance. Pour avancer, il faut quitter l’ego. Il faut arrêter de patauger dans nos bassesses et élever le débat. Comme dit le Psaume 120 : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. »

Je suis très touché par la personne de Moïse, parce que je perçois l’immense souffrance intérieure de cet homme. Et que dire de Dieu : Le Seigneur libère ces gens. Il les arrache au malheur, leur propose un chemin de vie, une terre, un pays d’abondance, un avenir de joie et ces gens en restent à des réalités complètement hors de propos. Ils se plaignent, gémissent et réclament encore. Ils vont jusqu’à regretter les oignons et les marmites de viande de l’Egypte où ils étaient si sévèrement réprimés. Que les gens vocifèrent, la Parole montre que ce n’est pas nouveau parce que le mental se nourrit de conflit. L’ego, le petit moi, a besoin de conflit pour exister.

Il faudra l’immense amour du Seigneur. Il faudra l’ardeur, la ferveur et la discipline spirituelle de Moïse pour que ces gens fassent un bout de chemin. Dans le contexte où nous sommes, je me dis que les prêtres doivent être de cette trempe là. Pour moi, c’est là que ce situe ma douleur. Celle de ne pas avoir la hauteur spirituelle de ces athlètes de la foi.

Comme le peuple des Hébreux, nous sommes dans une période de grande mutation. Nous vivons une véritable traversée du désert. Nous sommes atteints et empoisonnés par toutes sortes de venins, mais en face de nous se dresse l’arbre de vie. Le bois de cette Croix nous apporte salut et guérison.

Dans l’Evangile, S. Jean fait un point de comparaison entre ce mât dressé dans le camp des Hébreux et la Croix. La Croix de Jésus, l’arbre de vie élevé au cœur du monde, nous apporte la guérison. Elle nous donne un axe et une direction. Car Dieu nous a donné son Fils pour guérir de la morsure brûlante du péché, « afin que, par lui, le monde soit sauvé. »

_________________

Les commentaires sont fermés.