Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 28 Septembre 2014, 26ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour

  • Lecture du livre d’Ézékiel ( 18,25-28)
  • Psaume 24  » Souviens-toi, Seigneur, de ton amour »
  • lettre de Saint Paul aux Philippiens (2, 1-11)
  • Evangile selon Saint Matthieu ( 21, 28-32)

Homélie du Père J-F Marmier

Comme beaucoup d’autres textes bibliques, ce passage de l’Evangile pose la question du sens, de la direction de notre vie. Quel chemin voulons-nous suivre ? Il y a tellement de voies possibles en ce monde. Et même si devant nous s’ouvrent une multitude de chemins conventionnels, des chemins tout tracés d’avance, il y a cependant en chaque humain un appel intérieur. Il y a en nous cette voix unique qui dit : « Mon enfant, va ! »

Chacun doit aller son propre chemin. Abraham a reçu cet ordre de vie qui vaut pour tous les humains : « Va vers toi ! » Où serions-nous aujourd’hui s’il avait voulu conserver ses acquis sociaux et passer sa retraite à Ur en Chaldée ? Que se serait-il passé si Jacob avait refusé le combat au torrent de Yabboq ? Et si Moïse avait simplement mené une vie princière à la cour de Pharaon dans les honneurs et la richesse ? Que se serait-il passé si Paul et tous les autres avaient refusé le chemin ?

Alors que la plupart des hommes s’efforcent de supprimer tous les risques, ces hommes de feu ont suivi un chemin qui leur était inconnu. Ils se sont délogés de leur habitudes. Ils se sont engagés sur une voie radicalement nouvelle. Il est naturel de vouloir réduire les risques autant que possible et de se couvrir à 100 %. Mais, ce faisant, nous nous tissons un cocon protecteur qui nous limite et pourrait bien étouffer nos plus beaux élans.

La Parole nous élance et nous engage : « Va ! » Alors, justement, où devons-nous aller ? L’humain ne le sait pas. Remarquez que l’animal lui le sait. Observez une simple fourmi. Instinctivement, le plus petit insecte sait où il doit aller et ce qu’il doit faire. L’homme, lui, doit découvrir son propre chemin et pour cela suivre son appel intérieur.

Cet appel est à la fois précis et pressant. Il est pour ici et maintenant. C’est un Père qui dit : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne. » Cet « aujourd’hui » est essentiel, parce que la seule chose qui existe, c’est le moment présent. Il s’agit d’accueillir, d’accepter, tout ce qui se trouve ici dans l’instant de notre vie, quelle que soit la situation que nous rencontrons. Ce n’est pas si facile, parce que nous nous projetons toujours dans l’instant d’après, dans un futur. « Pas maintenant », dit l’un des fils de la parabole.

Il y a cette illusion profondément ancrée en nous selon laquelle l’instant d’après serait meilleur que le moment présent. Or, ce futur idéalisé n’arrive jamais. Le moment idéal n’existe pas, parce que la vie n’est faite que de cet instant-ci. Le moment présent, c’est notre vigne.

     La vigne, c’est le lieu de la vie, de la fécondité, de la joie, de l’Alliance. Cet espace de la vigne est en nous et autour de nous. C’est à la fois l’enclos de notre cœur et le vaste monde. Les deux sont à travailler ensemble. Pour que le travail extérieur soit fécond, il faut aussi un travail intérieur. Le Père appelle ses fils à œuvrer dans tous les sillons.

D’après S. Matthieu, Jésus a prononcé cette parabole dans le Temple alors qu’il vient d’en expulser les marchands et les changeurs. Les officiels du Temple, chefs des prêtres et anciens, sont furieux. Cette parabole les met en scène. Cette histoire est comme un miroir qui nous renvoie l’image déformée des fils que nous sommes. Les deux fils, c’est nous. Tous les deux sont en nous, car nous sommes des êtres complexes et mélangés. Notre Temple intérieur est soit oublié, soit encombré. De toute façon, il est à travailler.

Comme ces deux garçons, nous n’arrivons pas à rencontrer le désir aimant de Notre Père. Nous n’arrivons pas à accomplir ce qu’Il nous demande pour notre propre bonheur. C’est en entrant dans la volonté du Père que nous devenons réellement fils. Chaque jour, nous nous tournons vers le Père pour Lui dire « que ta volonté soit faite,«  mais que savons-nous de la volonté de Dieu ? Que signifie « travailler aujourd’hui à la vigne » du Père ?

Cet Evangile trace l’itinéraire de notre vie : aller vers le Père, aller à la vigne, aller d’abord vers soi-même. En lisant la parabole, on dirait que les deux fils semblent avoir oublié ces chemins. C’est un fait aujourd’hui, nous ne connaissons plus les chemins de vie. L’homme ignore les lois de vie : les lois du cosmos, les lois physiologiques, les lois du cœur et celles de l’âme.

En réalité, nous suivons des chemins tout tracés d’avance. Nous suivons des modèles idéologiques. Dans tous les domaines (éducation, santé, économie, vie sociale…), nous obéissons à des normes. On reconnait l’arbre à ses fruits, n’est-ce pas. Quels sont les fruits des normes actuelles ? Que voyons-nous ? Où est la normalité dans tout çà ? Je crois que nous vivons sur des modèles décevants. Il faut sérieusement questionner ces modèles en vigueur dans nos sociétés. Leur rendement est si médiocre et leur résultat si catastrophique, qu’il y a un moment où il faut quand même s’interroger.

Il y a en nous une vigne. Il y a en nous une source de vie, d’abondance et de joie. Comme les deux fils de la parabole, il se peut que nous ayons peu de contact avec notre domaine intérieur. Or, c’est la fonction du cœur profond d’animer et de vivifier toute la personne humaine. C’est à partir de son centre intime que la personne humaine va se mettre ou se remettre en route. C’est à partir de son cœur que l’homme va rayonner autour de lui.

Celui qui ignore son cœur profond, sa terre intérieure, se trouve coupé de sa source de vie, coupé de son Père, coupé du domaine familial. Mais dès lors qu’on se met en route,

tout grandit, tout pousse, germe et porte du fruit. Travailler son domaine intérieur est essentiel. Pas seulement pour soi, mais pour la joie de l’Eglise et l’avenir du monde. C’est un travail qui ne supporte désormais aucun délai : « Mon enfant, vas aujourd’hui travailler à ma vigne. »


 

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