Paroisse Notre-Dame de la Mer

Nous sommes très heureux de vous accueillir sur le site officiel de la paroisse Notre-Dame de la Mer à La Seyne sur Mer

Dimanche 16 Novembre 2014, 33ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre des Proverbes ( 31.10-13.19-20.30-31)
  • Psaume 127  » Heureux le serviteur fidèle : Dieu lui confie sa maison »
  • Lecture de la première lettre de St Paul Apôtre aux Thessaloniciens (5,1-6)
  • Évangile selon Saint Matthieu (25,14-30)

Homélie du Père J-F Marmier

Cette parabole, comme avec d’autres du même genre, nous met mal à l’aise. Pourquoi Jésus parlait-il en paraboles ? Pourquoi pas un discours clair et précis, un exposé en trois points. Du coup, on n’aurait plus besoin d’explications, d’interprétations controversées ni d’homélies. En fait, les paraboles ont une fonction révélatrice. Elles apportent un éclairage sur ce qui est caché et dévoilent une partie du mystère. Les paraboles nous obligent à chercher le sens, à creuser, à fouiller la terre pour trouver la pièce d’or.

Le langage humain a ses limites. Julien Green l’a souvent noté dans son impressionnant Journal, comme dans ce mot si fameux : « Les pensées volent et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l’écrivain. » Comme bon nombre de rabbins avant et après lui, Jésus transmet la vérité au moyen d’images plutôt qu’avec des concepts. 

    Le langage déroutant des paraboles nous oblige à laisser de côté le mental et la raison raisonnante. Ces histoires étranges nous déshabituent de nos habitudes et nous dépaysent de nos paysages. Elles nous poussent vers une vision plus large et plus profonde des choses. Le maître n’est pas vraiment un maître, les serviteurs sont bien plus que de simples domestiques et les talents tout autre chose qu’une immense fortune.

Jésus utilise des images de notre monde pour nous parler de celui de Dieu. Le monde de Dieu, c’est justement le thème de cette parabole. Il est énoncé dès début : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue. » Cette parabole évoque donc le retour de Jésus et l’avènement du règne de Dieu. Pour ce sujet hors du commun il est vraiment impossible d’utiliser le langage commun, d’où cette surprenante parabole.

Nous sommes aujourd’hui dans le règne du faire. On nous fait croire que nous vallons quelque chose seulement si nous sommes actifs, productifs et rentables. De fait, si on lit la parabole dans cette logique là, elle est affreuse. Voici un homme très riche qui répartit inégalement sa fortune entre ses serviteurs, avant de partir pour un long voyage. A son retour, il ne s’inquiète ni de la santé ni du vécu des serviteurs, seul lui importe son argent. Il en réclame aussitôt la comptabilité. S’en suit pour nous une leçon de morale un peu facile : Dieu nous a confié des talents que nous avons à faire fructifier. Gare à nous, car au jour du Jugement Il demandera des comptes précis, « intérêt et principal », comme disait M. de La Fontaine.

Or, Jésus ne parle pas de rendement mais de ce mystérieux Royaume qu’il est venu annoncer. On sent d’ailleurs une certaine gravité dans ce texte, parce que nous sommes tellement pris par cette vie que nous pouvons passer complètement à côté du Royaume.

Cette histoire nous trouble. Elle réveille nos plus grandes douleurs et fait remonter nos pires craintes : l’injustice, la solitude, l’abandon et surtout le rejet. Dieu serait-il ainsi ? Dieu dépasse infiniment tout ce que nous pouvons en dire. Nos projections mentales sur Dieu sont des idoles qui doivent être brisées. Dieu ne réclamera pas vos bons points, vos diplômes, et vos feuilles de salaire.

En fait, le texte est beaucoup plus profond que çà. Cette parabole nous appelle à l’éveil et à la vigilance. Le troisième serviteur illustre une attente passive et craintive. Cet homme est enfermé dans la peur. Quel est le contraire de la fécondité ? La stérilité ? Non, c’est la peur. Quel est le contraire de l’amour ? La haine ? Non, c’est encore la peur. Quel est le contraire de la vie ? La mort ? Non, car la vie n’a pas de contraire. La vie est !  Depuis la chute, nous sommes dans le monde de la peur. Peur de perdre, peur de manquer, peur de l’autre, peur de la peur, peur de tout. Vous connaissez la devise du plombier : c’est quand on met la pression qu’on voit les fuites. Cette parabole révèle la peur qui est en nous.

La peur de l’homme s’exprime aujourd’hui à travers un thème majeur dans l’actualité, celui de la sécurité. Désormais, tout est envisagé, programmé et analysé en permanence à l’aune de la sécurité. Chacun voudrait que son avenir soit assuré, que sa vie et celle de ses proches suivent paisiblement leur cours. Chacun désire que les êtres chers soient protégés, bien à l’abri des innombrables menaces qui agitent le monde.

Pourquoi sommes-nous si férocement attachés à la stabilité et à la sécurité ? Parce que notre équilibre est fragile. Nous nous savons vulnérables, alors nous voulons maîtriser le plus possible. C’est cet instinct de conservation qui a poussé le serviteur à enfouir plutôt qu’à risquer. Comme lui, nous ressentons tous cette insécurité fondamentale au fond de nous.

Notre existence est précaire, n’est-ce pas. Que ressentez-vous à côté d’une personne en fin de vie ou d’un quémandeur au bord de la route ? A chaque instant, la précarité de l’existence se rappelle à nous. La moindre catastrophe à l’autre bout de la terre me rappelle la fragilité de ma condition. On tente, comme on peut, de l’oublier dans les multiples tâches du quotidien. On enfouit sa peur en même temps que son talent mais, quoi qu’on fasse, la faiblesse est logée au cœur de notre vie.

La peur nous pousse toujours aux mêmes vieux réflexes. Nous dépensons un temps et une énergie considérable à gamberger, à élaborer des stratégies de défense, à fomenter des plans et mille et un calculs. Le mental tourne à plein régime. Tout ce remue-ménage en nous, toute cette agitation intérieure sont profondément inutiles et toxiques.

Le dernier serviteur croit avoir acheté la paix, du moins une certaine tranquillité. Mais la paix intérieure a un autre prix. Au lieu de se protéger, de s’enterrer et de construire des carapaces, la paix se trouve dans l’insécurité de la vie. La fécondité ne s’obtient pas ailleurs, dans un monde idéal, mais ici et maintenant dans les difficultés et avec des blessures. Le royaume de Dieu est en croissance, nous en voyons les prémices comme une pièce d’or au creux de nos mains.

Les commentaires sont fermés.