Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Messe de Noël 2014

Homélie du Père J-F Marmier

Il y a un peu plus de 2000 ans, une nuit comme celui-ci, une femme a mis au monde son enfant sous un pauvre abri dans un coin sombre de notre terre. Elle l’a ensuite emmailloté et serré contre elle pour le réchauffer. Un peu après, elle le déposera au creux d’une brassée d’herbe sèche pour que le petit peuple des collines avoisinantes puisse le contempler dans une joie simple et recueillie.

L’image de cette jeune mère qui couvre et protège son nouveau-né se reflète aujourd’hui dans nos crèches du monde entier. Elle est une référence admirable pour toutes les femmes de notre terre. Elle est un modèle de douceur dans ce monde qui chavire dans la violence. Marie est un havre d’espérance lorsque s’éteint la paix et que s’immisce la peur. Elle soutient notre courage lorsque les forces nous manquent et que l’inquiétude nous submerge.

Refuser l’humble crèche de Bethléem c’est refuser la vie. C’est dire non à la fragilité de l’enfant, non au pauvre, non à la tendresse maternelle, non à la paix et non à la douceur. En définitive, c’est dire non à Dieu et non à l’homme. Noël nous dit qu’il en a toujours été ainsi, c’est pourquoi l’actualité, même si elle nous fait mal, ne doit pas nous étonner. C’est, une fois de plus, l’homme qui dit à Dieu : « Non, je ne veux pas de toi ! »

Mardi 23 décembre après-midi dans les allées d’un magasin, j’entends une grand-mère qui demande : « Vous avez fait la crèche à la maison ? Non, répond l’enfant, on n’avait pas la place ! » Ce bref échange me peine, mais j’y entends plus de l’inconscience qu’un rejet formel. Je suppose que pour tout le reste il y a de la place. On a fait une place à tout le monde dans la maison, et c’est heureux, mais l’invité principal de Noël restera encore dehors. « Désolé, on n’a pas la place pour toi! »

En observant la façon dont Noël est vécu aujourd’hui dans nos pays, on a une étrange impression. Beaucoup de lumières, beaucoup d’effets et d’agitation, mais derrière, aucune résonance. On sent un grand vide, de l’ennui et même de la tristesse, en fait un manque d’âme. Quand les choses n’ont pas de signification profonde, il s’en dégage toujours de la désespérance. C’est pourquoi nous nous recueillons autour de cet enfant. Lui seul peut réchauffer nos cœurs pâles et réveiller notre joie éteinte.

Dans la Bible, le Seigneur dit très souvent : « Souviens-toi, n’oublie pas, fais mémoire… »  Nous aurions avantage, en effet, à retrouver la mémoire du cœur. Nous vivons, dans nos sociétés, un véritable processus d’amnésie qui s’accélère depuis quelques années. On ne sait plus qui on est, pourquoi on est là, quel est le sens de la vie. A vouloir s’affranchir de tout, les gens en arrivent à se priver de l’essentiel.

A Noël, une étoile plus brillante que les autres pointe sa discrète lumière sur l’essentiel. Dans les ténèbres de l’insignifiance où s’enlise notre monde, cet essentiel nous apparait dans le visage d’un enfant nouveau-né.

Dieu ne peut pas souffrir de voir sa création se détruire. Il est cet amoureux qui ne peut supporter de voir son aimée s’en aller à la dérive. Alors Il descend. Il s’abaisse. Il se vide de Lui-même pour entrer dans nos ténèbres. Il descend dans nos lieux inférieurs. Dieu descend jusque dans nos enfers pour y projeter son amour. C’est pour nous rendre à la Lumière que Jésus descend dans notre nuit. C’est pour restaurer notre humanité déchue qu’Il se fait petit enfant. Ce tout-petit, c’est Dieu dans toute son innocence et sa faiblesse. Dieu a voulu déposer sa puissance. Il a voulu déposer sa gloire pour n’être qu’un enfant né dans un couple pauvre au milieu d’une écurie.

L’étable est un symbole très parlant. Il y a une certaine part animale en nous. Il y a de la lourdeur, du sauvage, de l’inhumain et des choses qui ne sentent pas très bon en nous. C’est précisément là que notre Dieu veut naître. S. Ambroise dit que « Le nom de Jésus était contenu en Israël comme un parfum dans un vase clos. A la Nativité, le vase s’est ouvert et le parfum de sainteté s’est répandu dans tout l’univers jusque dans la profondeur du cœur de chaque homme. »

Ce que l’on a fait de Noël nous peine. Même si elles nous atteignent, ces déformations n’occultent pourtant pas la réalité du mystère. Quel est le mystère de Noël ? S. Athanase le dit dans cette phrase bouleversante : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu. » La naissance de Dieu en l’homme, voilà le cœur de Noël. Chaque être humain est le lieu d’une rencontre et d’une union possible avec Dieu. Devant ce mystère, nous tombons à genoux comme les humbles bergers dans la nuit de Bethléem. Le secret de la Nativité c’est que Dieu veut naître dans l’étable de notre cœur. 

Noël nous interroge : Comment est-ce que j’accueille Dieu en moi ? Comment Jésus se fait-il chair dans ma vie ? Le Verbe cherche toujours sa demeure. Il la cherche chez nous, en nous. Quelquefois, nous sommes des hôtelleries fermées, des cœurs scellés trop pleins de nous-mêmes. Alors, n’y a plus de place pour la visite de l’Inattendu…

Cette nuit nous apporte ce qu’on appelle « la grâce de Noël. » C’est une grâce d’ouverture du cœur. Nous demandons cette grâce pour nous-mêmes. Nous la demandons avec ferveur pour nos proches, tel ou tel que nous nommons précisément dans cette sainte nuit. Cette grâce de Noël, il faut aller la chercher, il faut la demander. Le Seigneur veut nous la donner. Comme dit un chant : « Seigneur, venez la terre est prête pour vous accueillir. »

 

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