Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 8 Novembre 2015, 32ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du premier livre des Rois ( 17,10-16)
  • Psaume 145  » Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur »
  • Lecture de la lettre aux Hébreux ( 9, 24-28)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Marc ( 12, 38-44)

Homélie du Père J-F Marmier

La litanie des saints priée la semaine dernière illumine cette fin d’année liturgique. Tous ces sourires du ciel penchés sur notre terre nous font relever la tête et espérer cette joie pour laquelle nous existons. Nous avons besoin de l’intercession de l’Eglise du ciel car au quotidien c’est une toute autre litanie.

Les médias déversent en continu les saletés qui se manifestent dans tous les domaines et à tous les niveaux. En fait, rien n’est aussi vieux que ce qu’on appelle « les nouvelles » car c’est toujours la même histoire. Sans fermer les yeux sur cette incommensurable folie, il faut savoir reconnaitre les beautés qui nous entourent et contempler tout ce que la nature nous offre à profusion : « Laudato si ! » Ce passage de l’Evangile nous fait justement entrer dans le regard admiratif et contemplatif de Jésus.

Une nouvelle fois, resituons le texte. Pour faire simple, disons qu’il y a deux parties dans l’Evangile de S. Marc. La première partie aboutit et culmine avec la profession de foi de Pierre au chapitre 8. Au chapitre 14, c’est la Passion. Entre les deux, il y a cette lente montée de Jésus et des disciples vers Jérusalem. Depuis plusieurs dimanches, nous suivons les étapes de ce cheminement initiatique. Ces chapitres nous apprennent ce que signifie suivre Jésus et ce que ça implique de marcher à sa suite. Lorsqu’on arrive au texte de cette semaine avec l’offrande du Temple (chapitre 12), quelque chose d’important est dit. Nous sommes avertis de ce que veut dire suivre Jésus jusqu’au bout.

Les yeux de Jésus sont ouverts sur notre monde. Nous sommes tous dans son regard bienveillant comme ces gens qu’il côtoyait sur les routes et dans les champs, sur les places et dans les villages, dans les maisons et les synagogues. Jésus enseigne souvent à partir de ses observations. Ses enseignements reposent sur une fine analyse de nos comportements humains, de nos motivations, de nos attitudes et de nos pratiques. Il saisit les incohérences et les déviations. Il est touché par les souffrances, les quêtes profondes et les démarches vraies.

Ici, c’est dans le Temple, au cœur de la vie religieuse du peuple, le Seigneur partage ses observations avec ses disciples. Au début, il critique sévèrement les scribes. Que leur reproche-t-il ? Ces hommes connaissent les Ecritures. Ils ont en charge le maintien de la tradition religieuse. Le problème c’est qu’au lieu d’entraîner le peuple à vivre en Alliance avec Dieu et avec les autres, ces hommes d’autorité et de pouvoir utilisent leur position à leur profit. Du coup, tout est faussé puisqu’ils se mettent eux-mêmes au centre. Comme tant de prophètes avant lui, Jésus les blâme sévèrement pour ce détournement spirituel.

Ces reproches du Seigneur questionnent notre propre attitude religieuse. Sur ce sujet, une petite mise au point n’est jamais inutile. Est-ce que je me célèbre moi-même ? Qui est au centre ? Qui est le centre de ma vie ?

Dans la deuxième partie, S. Marc nous fait entrer dans le regard de Jésus. Voici la foule des pèlerins et les riches offrandes qui tintent dans le tronc. Pas de commentaire là-dessus. Tout cela sert de contraste pour mettre en lumière celle qui s’avance dans l’ombre des murs du Temple. Une femme, une veuve, pauvre d’affection et de ressources. Sa personne et son geste sont totalement insignifiants aux yeux des gens. Et pourtant, Jésus exprime sa grande admiration : « Elle a donné plus que les autres, parce qu’elle a donné sa propre subsistance et non pas ce qu’elle avait de trop. »

Le don de cette pauvre veuve est total et son dépouillement radical. Elle donne ses moyens de vie, tout ce qui est vital pour elle. C’est plus qu’une simple offrande ou un don, on parle vraiment d’autre chose. En se dépouillant de tout ce qu’elle a pour vivre, elle donne sa vie elle-même. Du coup, elle se remet totalement entre les mains de son Dieu.

Cette femme vit l’Alliance infiniment mieux que tous les experts de la Torah. Elle en a saisi le sens et le cœur : « En tes mains, Seigneur, je remets ma vie. » L’image est touchante mais c’est plus qu’une simple anecdote. Dans l’Evangile de S. Marc, ce passage termine la montée de Jésus à Jérusalem. Juste après vient le discours final sur les derniers temps, puis c’est la Passion. Cette veuve pauvre est comme une icône de Jésus. Elle révèle quelque-chose de celui qui s’est dépouillé de sa divinité et qui va bientôt se donner sans réserve sur la Croix. Ce n’est donc pas pour rien si elle est présentée à ce moment-là. A l’entrée de sa Passion, Jésus la donne en modèle aux disciples au terme de leur initiation.

La veuve de Sarepta et la veuve du Temple consentent au don total d’elles-mêmes en donnant le peu dont elles disposaient pour vivre. En fait, elles répondent à l’amour de Dieu par le don d’elles-mêmes. Elles sont Filles de l’Alliance et modèles de foi.

Au lieu de vivre en Alliance, les scribes et les officiels du Temples se sont piégés dans une position sociale. On peut se trouver ainsi piégé dans des convenances, des fonctions, des rôles ou des obligations. Pourtant, si dorée que soit la cage, notre intuition est toujours là qui nous dit : « Tu n’es pas à ta juste place. Tu n’es pas en Alliance. Tu cherches autre chose, tu veux un autre état d’être. » C’est ce questionnement intérieur qui nous met en route. Il est le point de départ de ce retournement de tout l’être qu’on appelle la conversion. 

Chaque humain tend, plus ou moins consciemment, vers le changement. Souvent, c’est l’épreuve qui nous oblige à nous transformer. La veuve de l’Evangile a su tirer partie de sa situation douloureuse. D’autres personnes ne tirent partie d’aucune épreuve et ne font que subir toute leur vie dans la plainte, l’aigreur et la révolte. Elles ne tirent aucune leçon de ce qui leur arrive. Mais ceux qui se laissent enseigner par l’épreuve et guider par la Croix s’ouvrent à un autre niveau de conscience. Ces personnes s’éveillent intérieurement, se fortifient, grandissent et se mettent en service. On peut alors se demander s’il est bien nécessaire de connaitre la souffrance pour entrer en Alliance, pour nous ouvrir et servir.  La Parole nous dit : « Entre aujourd’hui dans la fécondité et dans le don ! »


 

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