Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 15 Novembre 2015, 33ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Daniel ( 12, 1-3)
  • Psaume 15  » Garde-moi, Seigneur mon Dieu, toi, mon seul espoir »
  • Lecture de la lettre aux Hébreux ( 10, 11-14,18)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Marc ( 13, 24-32)

Homélie du Père J-F Marmier

Nous arrivons au terme du temps ordinaire avec des paroles qui sont pour le moins peu ordinaires. Ce passage de l’Evangile fait partie du discours de Jésus sur les derniers temps. Nous l’entendons avec en toile de fond tous les événements qui agitent la vie des hommes et bouleversent si dangereusement notre planète terre.

Les dégradations s’intensifient avec une rapidité croissante et irréversible dans tous les domaines. Rien qu’entre 1970 et 2010, nous avons perdu la moitié des mammifères, la moitié des oiseaux, des poissons et des reptiles de la planète. L’impact du changement climatique est colossal. On estime que d’ici 2050 entre 50 et 200 millions de réfugiés climatiques auront fui vers le Nord pour échapper aux zones rendues invivables par les températures croissantes, les sécheresses, les inondations côtières, les famines, les maladies, sans parler du chaos des Etats en faillite. Tout cela est connu. Nous le savons, mais comme dit Jean-Pierre Dupuis « nous ne croyons pas ce que nous savons. » Tout laisse donc penser qu’on va continuer dans la même direction. On aura forcément de plus en plus de mal, mais on va continuer sur le même modèle.

Le philosophe Dominique Bourg dit que le drame des questions environnementales, c’est qu’on n’arrive pas à les percevoir avec nos sens. Nos sens ne perçoivent pas les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Ils ne nous disent rien sur les problèmes d’environnement et c’est sans doute la raison pour laquelle on réagit aussi peu. On bouge, on change, quand on est face un danger perçu avec ses sens. Ce qui n’est pas encore le cas avec l’environnement. Et pourtant la réalité est bien là. L’histoire montre que c’est souvent une petite minorité de la société qui finit par se faire entendre en posant les bonnes questions. Ces textes de la Parole ont aussi pour fonction d’interroger sérieusement notre façon de vivre.

Au fil du temps, on s’est mis à penser que le seul moyen d’accomplir notre humanité c’était de consommer. Nous sommes devenus des pilleurs, des exploiteurs, des jouisseurs et des profiteurs. Disons-le avec des mots plus propres, ceux qu’on nous rabâche tous les jours : Productivité, économie de marché, commerce international, croissance, pouvoir d’achat… Sauf que, dans notre arrogance, nous avons perdu pas mal de choses en route, comme respecter la vie, être en alliance, vivre en communion, comprendre le vivant, contempler la terre… Jésus le dit ici : « Penche-toi sur la plus tendre branche du figuier et laisse-toi instruire par le vivant. »

     La Parole interroge notre rapport à la Création. La terre n’est-elle qu’un réservoir de matériaux et de fournitures où je n’ai qu’à me servir selon mon bon plaisir ? La Création n’est pas qu’un décor. Nous sentons bien que vivre pour vivre n’a pas grande signification. Notre existence a un sens. Nous sommes sur cette terre pour accomplir quelque chose. Nous sommes sur cette fascinante planète pour vivre un trajet, une mission, un parcours initiatique. Chaque élément de la Création a une fonction bien précise dans ce but.

Notre monde est plongé dans un état absolument critique et chacun reconnait que les enjeux sont immenses et très complexes. On ne peut s’empêcher de faire le lien entre ces bouleversements catastrophiques et la littérature apocalyptiques de la Bible. Alors, c’est la fin du monde ? En tous cas, comme on dit souvent, c’est certainement la fin d’un monde.

Les fins dernières sont voilées de mystère, ce qui demande beaucoup d’humilité de notre part. On ne sait pas tout : « Nul ne connait ni le jour ni l’heure. » Le chapitre 13 de S. Marc nous permet d’avoir une idée d’ensemble de l’histoire et d’entrevoir ces derniers temps vers lesquels nous marchons de toute façon.

On a beau se dire que tout a une fin, cette réalité de notre finitude est très troublante pour l’humain. Disons qu’un jour, nous arriverons au port. La longue attente de l’humanité trouvera enfin son aboutissement. Cette certitude s’inscrit dans la tradition vivante des Ecritures. Les prophètes Isaïe, Ezéchiel, Joël, Daniel annoncent cette réalité pour le moins mystérieuse.

La fin du monde est présentée ici comme une immense fresque avec au centre la figure impressionnante du Christ, le Fils de l’homme. Il s’approche, rayonnant de puissance et de gloire. Tout l’univers est convoqué. Le cosmos entier, ciel et terre, astres et étoiles, sont engagés dans une profonde transformation. Cette vision cosmique nous déconcerte et semble très loin de nos soucis. Elle est pourtant bien enracinée dans l’espace et le temps.

Pour les premiers chrétiens, ce discours sur la fin des temps n’était pas une prédiction de catastrophes. Ces paroles ne suscitaient pas en eux la peur mais au contraire l’espérance. Ces textes les simulaient à vivre dignement, à se préparer au retour du Christ. Le Christ va revenir. Il va transformer l’univers et nous emporter avec lui dans son amour.

Les textes apocalyptiques nous appellent à réveiller en nous le désir du Seigneur. Nous devrions désirer de toutes nos forces le retour de Jésus dans la gloire, comme nos premiers frères chrétiens dont les assemblées vibraient de cet appel si puissant et tellement joyeux : « Maranatha, ô viens Seigneur Jésus ! »    

Ces versets nous font voir plus loin que l’horizon de nos existences personnelles et communautaires. Notre vie ne se réduit pas au train-train des jours ordinaires dans un monde de plus en plus artificiel. Elle porte des enjeux de salut qui débordent l’immédiat des préoccupations et des divertissements. Notre existence est fragile comme la branche du figuier et riche de promesses de vie.

Les fracas de ce monde sont comme l’enveloppe du bourgeon qui se déchire. A travers « tout ce qui se passe », nous entrevoyons que ce monde est plus qu’il ne paraît. En lui, en nous, entre-nous s’affrontent des forces de vie et des forces de mort. La Parole nous dit : « Sois lucide, éveillé et vigilant. » A des sœurs carmélites soumises à de rudes épreuves, Ste Thérèse d’Avila écrivait : « C’est au cœur des tempêtes qu’il nous cherche le plus. »


 

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