Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 9 Octobre 2016, 28ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du deuxième livre des Rois (5, 14-17)
  • Psaume 97  » Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »
  • Lecture de la deuxième de Saint Paul Apôtre à Timothée ( 2, 8-13)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc ( 17, 11-19)

Homélie du Père J-F Marmier

Dix lépreux. Pourquoi dix ? Dix, c’était le nombre le plus sacré des pythagoriciens, celui qui évoque la totalité. Dix, c’est le symbole de la création universelle. Dix, c’est un chiffre qui a une profonde résonance biblique, comme les 10 plaies de l’Egypte ou les 10 paroles de l’Alliance. Dix, c’est le nombre minimal d’hommes pour faire une synagogue et constituer une assemblée religieuse.

A l’époque, la lèpre était considérée comme une conséquence du péché. Elle était vue comme un signe d’impureté. Sous l’emprise du péché et de la mort, ces dix hommes sont donc coupés de Dieu et des autres. Embarqués dans la même galère, ils forment ensemble une communauté de souffrance en marge du monde.

Le triste cortège des malades s’avance vers Jésus. Leur vie tombe en lambeaux. Ces dix hommes représentent symboliquement notre humanité malade et notre monde rongé par le mal. Cette douloureuse procession, c’est la Création blessée à mort par le péché qui s’avance vers son Sauveur. Malgré la très grande souffrance, il y a quelque chose de noble dans ces hommes défigurés qui se présentent devant leur Créateur.

« Jésus, maître, aie pitié de nous ! » La prière des lépreux est un cri de désespoir, leur dernier recours alors qu’ils glissent déjà vers la mort. La prière jaillit souvent d’un cri. Bien des Psaumes font retentir ces appels de détresse. « Jésus, aie pitié de nous ! »  On trouve plusieurs fois cette même prière dans l’Evangile et beaucoup l’égrènent au quotidien un peu partout dans le monde. Ils lancent cette prière vers le ciel au rythme de leur respiration. C’est ce qu’on appelle la prière de Jésus ou encore la prière du cœur.

Jésus aurait pu les guérir immédiatement, au lieu de cela il leur propose un processus de guérison. Comme pour Naaman, le protocole de santé est là aussi très simple : « Allez vous montrer aux prêtres. » En leur faisant accomplir cette démarche, Jésus les décentre d’eux-mêmes. En les envoyant vers les autres, il les libère de leur problème et les détache du groupe de douleur où ils se morfondent. Jésus les remet en route sur le chemin de vie : « Allez ! » La démarche est dynamique.

     Aller voir les prêtres, c’est aller vers la liturgie. La liturgie rétablit le courant intérieur de la vie. Elle fait sortir du chaos et remet de l’ordre. La liturgie nous purifie, elle nous unifie et nous élève. La liturgie nous forme et nous transforme.

Jésus leur montre la voie du salut. En se mettant aussitôt en route, les lépreux coopèrent à l’œuvre de leur salut. Ils enclenchent eux-mêmes le processus de guérison et les choses vont aller très vite. A peine en route, les malades sont instantanément restaurés dans leur intégrité. Pareil pour le fils prodigue. A peine rentré chez son père, il retrouve sa place d’honneur. Vous voyez, Dieu attend le moindre signe de notre part pour déverser en nous les torrents de sa grâce et de son amour. Mais nous devons cheminer et participer un tant soit peu à notre salut. Comme on dit, « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

     Les dix lépreux sont tous guéris. La mission du Seigneur est universelle. Elle concerne tous les hommes. Tous les humains, symbolisés ici dans ces dix lépreux, sont appelés au salut. De tous ceux qui ont été libérés, un seul revient vers Jésus. Le chiffre un, c’est le symbole de l’homme unifié, de l’homme entier, « en un seul morceau. » Séparé de la masse, un seul revient vers Jésus. Cet homme est rétabli dans son unité intérieure, son unité avec Dieu et avec toute chose.

Au départ, tous les lépreux invoquaient un maître : « Jésus, maître, aie pitié de nous ! » Celui qui revient glorifie Dieu et se prosterne devant Jésus. Son geste en dit long sur le chemin intérieur qu’il est en train de vivre. Le dixième lépreux a fait une découverte qui transforme totalement sa vie. Il a trouvé son Seigneur. Les neuf autres n’en sont pas encore là, alors ne soyons pas trop sévères envers eux en leur reprochant leur ingratitude. Disons seulement qu’ils n’en sont pas encore à ce niveau de maturité spirituelle. Le Psaume 1er parle de l’arbre qui produit du fruit « en son temps. » De toute évidence, le cheminement des neuf autres devra se poursuivre.

Cette situation dépeint assez bien le cœur humain. Chacun de nous a sa saison, son temps de conversion, d’éclosion et de fécondité. Ne soyons pas trop durs avec les autres et avec nous-mêmes. Si on en croit ce texte, il n’y a qu’1/10ème de nous qui soit vraiment converti et qui appartienne vraiment au Seigneur. Belle leçon d’humilité et travail intérieur en perspective, car il y a encore 9/10ème de nous à faire revenir vers Dieu.

Celui qui revient vers Jésus est un Samaritain. C’est un étranger dont la foi est moins éclairée que celle d’un membre du peuple de l’alliance, quelqu’un qui est en marge quant à la doctrine et aux pratiques religieuses. Le Samaritain fait un retour sur lui-même : « voyant

qu’il était guéri  » dit le texte. En fait, il constate l’œuvre du Christ dans son existence, la puissance de sa parole et la grandeur de son amour. Alors, il change de direction. Il sort du cycle « normal » qui happe ses compagnons loin de Jésus et retourne là où les choses ont changé pour lui. Il vient retrouver celui qui a tout changé dans sa vie. C’est bien cela, une conversion.

Lui qui jusqu’alors criait sa souffrance chante aujourd’hui sa reconnaissance. Il bénit et rend grâce. Il témoigne publiquement que tout peut changer et renaître. Il proclame la victoire de la vie. Les dernières paroles de Jésus sont toutes aussi dynamiques : «  Relève toi et va ! »  Voici donc un texte qui interroge notre chemin spirituel et qui nous dit une fois de plus : En marche, en route, avance sur le chemin de la vie et du salut.


 

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