Paroisse Notre-Dame de la Mer

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Dimanche 19 Juin 2016, 12ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Zacharie ( 12, 10-11a ; 13,1)
  • Psaume 62  » Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul, Apôtre aux Galates ( 3, 26-29)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc ( 9, 18-24)

Homélie du Père J-F Marmier

De notre conception jusqu’à notre mort, notre vie est un véritable chemin d’initiation. Chaque instant est l’occasion d’une nouvelle expérience. Nous devrions aller de découverte en découverte et d’expérience en expérience, et ainsi progresser vers l’éveil intérieur et la pleine maturité. Nous voyons qu’il en va souvent tout autrement. A force de vivre dans la facilité et le « divertissement », comme le disait déjà Pascal, l’humain se spécialise dans la bêtise.

Heureusement, il arrive encore que nous soyons bouleversés sans raison apparente. Parfois, quelque chose nous saisit sans que nous puissions le nommer. Nous vivons un bref moment en-dehors du temps. L’Evangile vibre de ces instants suspendus entre terre et ciel. La Bible rassemble ces très riches heures où le Seigneur passe dans la vie d’une personne ou d’un peuple. L’humain qui s’intériorise découvre que quelqu’un est là qui nous appelle et nous sollicite en silence. Les disciples de Jésus en ont fait l’expérience : « Que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? »

Le Dieu de la Bible est un Dieu qui passe. La Parole témoigne de ces « passages de Dieu » dans notre monde et dans nos vies. Elle nous transmet l’expérience de ces hommes qui ont accueilli le Dieu qui passe. Alors, les prophètes se voilent le visage, les sages s’inclinent et les peuples se prosternent. Nous existons pour accueillir Celui qui vient à notre rencontre.

Sollicités en permanence de toute part, bloqués dans le mental et engloutis dans le flot incessant des pensées, nous avons de plus en plus de mal à ressentir le Dieu qui passe. « Sur une autoroute périphérique de Berlin où il y a toujours de terribles embouteillages, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante : Détrompe-toi, tu n’es pas dans un embouteillage, l’embouteillage c’est toi ! » (Cité par Christiane Singer)

Les événements de la vie et tant d’obstacles nous ferment le cœur au Dieu passant. La vie spirituelle consiste justement à sortir de l’embouteillage intérieur et à lui ouvrir la porte. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap. 3, 20)

Au cœur de la Bible il y a cette incroyable révélation : Dieu, l’Eternel, le Tout-Puissant est notre Ami. La source de la vie, la source de la joie, de la paix et de l’amour que nous cherchons tous, la Source c’est Lui. Au soir de la vie, ce qui demeure c’est la proximité du Dieu Ami de l’homme et la certitude de sa présence. Il est là pour nous, avec nous, en nous. Il est là pour toujours. Mais moi, est-ce que je suis là. C’est bien là toute la question.

Jésus n’aimait pas d’une manière abstraite ou désincarnée. Dieu n’aime pas une masse d’êtres humains. Il m’aime moi, il me préfère moi et il me questionne moi : « Pour toi, qui suis-je ? » Cette amitié de Dieu, c’est le fondement d’une vie différente, d’une vie intense, profonde et heureuse.

Le seul motif du disciple, sa seule raison d’être, c’est le Seigneur. Le seul motif du chrétien c’est son Seigneur. Notre raison d’être, c’est notre Seigneur et Ami. C’est pourquoi Jésus dit : « Venez à ma suite. Marchez avec moi. » On ne suit pas n’importe qui, n’importe où, n’importe comment. Suivre quelqu’un demande de la confiance et même un certain abandon. Le disciple c’est un être donné et suprêmement libre. « Suis-moi, dit Jésus, et laisse les morts enterrer les morts  » (Mt 8, 22). Vis l’instant présent, libre de ton passé quel qu’il soit. Marche avec moi sans inquiétude ni tourment face à l’avenir. Suis-moi ici et maintenant !

Beaucoup d’humains sont piégés dans le monde des choses. Toute leur attention est occupée par les choses extérieures, les situations, les événements, les objets. C’est une vie dominée par le flot des pensées et des choses. Qu’est-ce qui suivra ? Que va t-il se passer ? Quelle sera la prochaine pensée, la prochaine chose à faire… Dans le monde des pensées et des choses l’être humain n’est pas libre, il est conditionné. Intérieurement, c’est un désert, un monde sans âme. Mais une autre vie est possible. Une autre vie est là, toute proche, à portée de voix, de cette même voix qui nous dit : « Qui suis-je pour toi ? »

Ces prochaines semaines seront celles des déplacements, des changements petits ou grands, des séparations et des retrouvailles. Alors, en cette fin d’année pastorale, la Parole nous recentre sur l’essentiel : le pardon de Dieu et l’amitié de Dieu. Il était question du pardon de Dieu la semaine dernière et l’Evangile de ce dimanche nous révèle l’amitié de Dieu. Car seul un ami, un intime, peut demander aussi librement que le fait Jésus :  » Qui suis-je pour toi ?  »  

Quand on fait l’expérience concrète de l’amitié et du pardon de Dieu, on voit aussitôt s’écrouler toutes les fausses images de Dieu. Le pardon et l’amitié de Dieu nous libèrent des fausses images que l’on se fait de Lui. Ces fausses images de Dieu nous empoisonnent. Elles sont toujours liées à une méconnaissance du pardon et de l’amitié de Dieu. La toute-puissance de Dieu, c’est celle de son pardon et de son amour.

Sur les routes de la Galilée, des hommes vivent ensemble quelque chose d’unique. « En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? » Nous sommes rassemblés ici sous ces pins, face à la mer, et le vent nous apporte autant de questions : Pour toi, c’est quoi ce rassemblement? Qu’est-ce que c’est cette fête ? Pourquoi, ces chants, ces coutumes et ces costumes ? « Pour toi, qui suis-je ? »

    « Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Messie de Dieu. » Nous aimons Pierre pour cette réponse qu’il fait en notre nom. Nous l’honorons pour ces mots de foi et d’amour qu’il formule au nom de toute l’humanité. En cette fête de la S. Pierre nous affirmons nous aussi que Jésus est le Dieu Ami de l’homme, qu’Il est notre Seigneur et Sauveur. A Lui sont le règne et la gloire pour les siècles sans fin.


 


Dimanche 12 Juin 2016, 11ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du deuxième livre de Samuel (12, 7-10.13)
  • Psaume 31  » Enlève, Seigneur, l’offense de ma faute »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul, Apôtre aux Galates (2, 16. 19-21)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc (7, 36-8,3)

Homélie du Père J-F Marmier

Un homme fervent, un notable, invite Jésus à sa table. On comprend par la suite que ce Pharisien veut se faire sa propre opinion sur Jésus que beaucoup tiennent déjà pour un prophète. Jésus accepte l’invitation. Il se met à la table de notre humanité dans toute sa diversité. Et voici qu’au cours du repas, et à l’insu de tous, une femme fait son entrée. Ce n’est pas la traditionnelle vendeuse de roses mais, dit-on, « une pécheresse. »

Le contraste entre les deux personnages crève la scène. D’un côté Simon, un homme religieux et respecté par sa communauté. De l’autre, cette femme méprisée de tous et qui se méprise aussi elle-même. Jésus est entre ces deux vies qui, comme toutes les vies, sont marquées à la fois par l’ombre et la lumière. Il est au milieu de ces deux cœurs avec leur histoire et leurs cicatrices. Il est sans jugement, entièrement présent, simplement là dans l’accueil de ces personnes. C’est l’attitude juste. Ce devrait être la nôtre en toute occasion. Simplement accueillir ce qui se présente à nous sans poser le moindre jugement.

 

La suite souligne le chemin déjà parcouru par la femme. Conjugué au passé, le verset 47 dit : « ses péchés ont été pardonnés… elle a beaucoup aimé. » Cette femme a donc accompli un certain travail spirituel et son parcours la conduit maintenant aux pieds de Jésus pour faire l’expérience de la miséricorde. Les foules qui viennent chercher auprès de Jésus la guérison des corps n’en sont pas encore là. Et visiblement Simon le religieux non plus.

Les « bien-pensants », comme on dit, ne sont pas toujours les plus avancés spirituellement. D’autre part, celui qui sort de l’ombre et marche vers la vérité rencontre le Christ un jour ou l’autre. Il s’agit pour chacun de faire l’expérience de Dieu, l’expérience de son amour et de son pardon. Cette année nous appelle à faire l’expérience de la miséricorde.

Jésus est touché par cette femme qui ne vient pas pour quémander mais pour remercier. Il est ému par son cheminement. Il y a des personnes qui accomplissent un remarquable chemin spirituel, parfois sans aucun soutien extérieur, sans guide ni communauté qui les accompagne. La femme exprime concrètement son action de grâce en déversant sur les pieds de Jésus le contenu de son flacon d’albâtre. Cette fiole si précieuse représente la part d’elle-même qui est demeurée intacte. C’est l’image de ce qui n’est pas souillé en elle. Ainsi, quelles que soient nos souillures, une part en nous reste toujours intacte.

L’odeur du parfum emplit la salle, tandis que l’âme de la femme embaume : « Tes péchés sont pardonnés ! » Jésus voit ce que les autres ne voient pas, alors que les pensées de Simon montrent qu’il n’a saisi qu’une petite partie des choses. Son regard est superficiel parce qu’il se base seulement sur des usages extérieurs. Notre vision de la vie est partielle. Nous ne percevons qu’une toute petite partie de la réalité.

Chaque situation qui se présente à nous est l’occasion d’une leçon de vie. Jésus élève la réflexion en proposant à Simon une petite parabole. En appelant Jésus maître, la bouche de Simon dit la vérité, mais son cœur pense autrement. S’il considère Jésus comme un maître, pourquoi ne pas l’avoir accueilli comme tel ? Nous sommes bien des êtres divisés. Il s’agit d’unifier notre vie.

La parabole est d’une simplicité évidente. Simon le Pharisien et la femme pécheresse sont tous deux débiteurs. En vérité, nous sommes tous endettés. Nous sommes tous en dette face à Dieu parce que, d’une façon ou d’une autre, la vie qu’Il nous confie est profanée. Dans le grand sanctuaire du monde, dans le sanctuaire intérieur de son cœur, l’homme profane la vie. L’humain est en adultère spirituel. Nos corps et nos pieds sont propres, mais notre âme est plus ou moins nauséabonde.

Le pharisien est aussi déchu que cette femme. Simon a commis moins d’offenses extérieures contre Dieu parce que la connaissance de la Loi l’a protégé. Mais la femme a fait l’expérience de la divine miséricorde parce qu’elle a beaucoup aimé. Nous n’avons aucune monnaie céleste pour rembourser notre dette envers Dieu et effacer la souillure de nos âmes. C’est pourquoi, Jésus vient en ce monde pour nous remettre de notre dette. Par sa mort et sa résurrection le Christ s’offre lui-même pour la remise de notre dette.

Jésus a accepté l’invitation de Simon en espérant que sa vision s’élargirait. Maintenant, c’est lui qui invite Simon à prendre conscience de la grâce dont il a bénéficié. On sent que ce pharisien a du mal à sortir de son positionnement. Il a même une petite pointe de mépris dans sa réponse à Jésus : « Je suppose que… » La nourriture offerte par Simon était sans doute excellente, mais elle avait été servie sans affection. Derrière l’attitude respectable, il y a un cœur durci et figé. Qu’y a-t-il derrière nos rites et nos célébrations ?

Du coup, Jésus n’hésite pas. Il dresse la liste des manquements de Simon pour le faire sortir de son positionnement. Le pharisien n’a pas donné l’eau nécessaire pour se laver les pieds. Il ne l’a pas même embrassé. Finalement, Jésus est le seul des invités à être sale. Jésus prend sur lui nos souillures. Il assume notre crasse, lui qui enlève le péché du monde.

La comparaison entre ce que Simon n’a pas fait et ce que la femme a fait est frappante. En même temps, Jésus ne relativise pas la gravité des fautes de cette femme. Il parle de « ses nombreux péchés. » Seulement, il veut la grandeur, la beauté et l’accomplissement de l’homme. Son amour et son pardon nous relèvent. Notre amour et notre pardon nous élèvent. Jésus comprend cette femme, son parcours, sa souffrance, sa culpabilité. Il sait les nôtre aussi. Il se peut que nos murailles intérieures soient bien hautes, comme celles de Simon. C’est pourquoi, comme cette femme, Jésus sera lui-même à nos pieds pour les laver et nous rejoindre là où nous en sommes.


 


Dimanche 5 Juin 2016, 10ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du premier livre des Rois (17, 17-220164)
  • Psaume 29  » Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul, Apôtre aux Galates (1, 11-19)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc ( 7, 11-17)

Homélie du Père J-F Marmier

Voilà un bien triste cortège qui ce jour-là sort de Naïm, un lieu dont le nom signifie pourtant « Délices. » Deux groupes se croisent à l’entrée de Naïm. A la tête de l’un, un défunt, le fils unique d’une veuve. A la tête de l’autre, le Vivant, le Fils Unique de Dieu. Le contraste entre les deux est déjà un enseignement. Alors que Jésus entre dans cette petite bourgade de Galilée, un jeune homme quitte ce lieu de délices pour la tombe.

Une mère pleure son fils unique qui vient de mourir. Cette femme, en plus d’être veuve, est désormais privée de son fils, son seul soutien dans la vie. Ce nouveau deuil la voue à la misère. Cette femme représente notre humanité misérable d’avoir perdu à la fois l’Epoux et le Fils. Mais voici justement qu’avec Jésus arrivent à la fois l’Epoux et le Fils.

Dieu a créé le monde comme un jardin de délices et d’abondance, mais ce qui apparait le plus souvent c’est au contraire la solitude, le manque, la tristesse et le mal sous toutes ses formes. Ce cortège funéraire nous rappelle la réalité du deuil et de la mort. Quelle impression nous fait un cadavre ? Pourquoi toute chose se détériore ? Pourquoi faut-il repeindre l’église et rénover nos bâtiments ? Pourquoi le corps s’use t-il lui-aussi ? On répondra qu’il y a usure. La maladie, la vieillesse, une mauvaise alimentation, une hérédité défavorable, les accidents et la toxicité dans tous les domaines sont les facteurs responsables de la détérioration et de la mort du corps. Mais pourquoi donc l’esprit se détériore-t-il lui aussi ?

Il y a en effet une autre forme de mort pour l’humain, une mort silencieuse, une mort qui touche toutes les générations et qui se généralise de plus en plus, c’est la mort spirituelle. On pense peu à la mort spirituelle. Cette mort là peut nous emporter très jeune et nous pousser hors de nous-mêmes, hors de notre ville intérieure. Tôt ou tard le corps meurt, mais chez la plupart d’entre nous l’esprit est déjà mort depuis longtemps. La détérioration intérieure a déjà eu lieu.

L’esprit se détériore en effet. Nous le voyons partout et à tous les âges. Nous voyons des personnes se ternir, devenir vides et insensibles. Lorsque vous les regardez, vous voyez de la tension dans leur visage, leur corps est contracté. On sent un vide intérieur. Hors d’eux-mêmes, ces gens sont distraits et coléreux. Ils sont possédés par leurs pensées. Le mental a pris toute la place et c’est un égo surdimensionné qui les gouverne.

Alors, il faut le redire et même insister là-dessus parce que tout nous dit et nous montre le contraire : l’humain doit se spiritualiser. Nous sommes faits pour la croissance intérieure et le développement spirituel. Les années de notre vie nous sont offertes pour cela et le grand âge est un temps favorable à la vie intérieure. Chaque être humain a le devoir se spiritualiser.

Toute la question est d’apprendre jour après jour à faire grandir en nous la vie de l’esprit. C’est notre travail et notre responsabilité. La sagesse populaire a justement parlé d’un d’esprit sain dans un corps sain. Un corps toxique ne peut pas produire des pensées saines. Or, nous baignons à tous les niveaux dans un milieu de plus en plus toxique. Dans ce contexte, l’éveil et la croissance spirituelle deviennent beaucoup plus difficile. Mais ce que dit cet évangile, la bonne nouvelle, c’est que la vie à l’intérieur de nous peut toujours renaitre.

Pourquoi la vie de l’esprit se détériore-t-elle ? Pourquoi ce peu d’intérêt pour les réalités intérieure, pour la vie spirituelle et la « religion » ? Y avez-vous déjà réfléchi ? Dans l’enfance, à condition de ne pas être déjà trop abêtis par la société, les parents ou les circonstances, vous avez l’esprit ouvert, vif et curieux. L’enfant veut savoir le pourquoi et le comment des choses de la vie. Il a en lui des élans et de l’enthousiasme. Ce besoin vital d’exploration et de découverte est vite étouffé par le poids des usages et des conventions. La société vous oblige à vous conformer à un certain modèle. Et ce conformisme fait que l’esprit s’installe dans des habitudes. Il se sent rassuré dans ce mode de vie bien rodé qui lui permet de fonctionner sans incidents ni perturbations. Observez les gens et vous verrez combien leur esprit refuse d’être dérangé. En réalité, ils ne veulent la paix. Ils veulent seulement ne pas être dérangés. La paix véritable c’est tout autre chose que l’absence de dérangement.

La société cherche à maintenir votre esprit dans la ligne de ses propres modèles. La prétendue éducation vous encourage à les imiter, à vous y plier et vous y conformer. Obligé de se couler dans un moule, l’esprit se détériore. Il s’installe dans la routine et les schémas établis par d’autres que lui. Peu à peu notre enthousiasme s’effrite. On veut vivre en sécurité, à l’abri des perturbations et sans dérangement d’aucune sorte. La société ne veut pas des individus vifs et passionnés qui appellent au changement. Alors elle les détruit et les crucifie.

La Parole nous dit : « Choisis la vie ! » L’humain doit cultiver la vie comme un jardin de délices. Notre être intérieur doit grandir et se développer. L’esprit doit se renouveler sans cesse. Il doit garder sa fraîcheur et sa jeunesse. Jésus vient en personne guérir et sauver de la mort spirituelle le fils unique et bien-aimé qui est en chacun de nous.

Luc note qu’« une grande foule » accompagnait le cortège funéraire. Mais voici que le Vivant entre dans ce lieu de délices atteint par la mort. Il a pitié de notre monde semblable à une veuve sans époux ni enfant : « Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion. »

Face aux événements et aux drames qui frappent le monde, nous sommes comme devant un convoi funéraire. A chaque fois, les mêmes sentiments de peur et d’impuissance nous envahissent et les sceptiques demandent : « Mais que fait Dieu ? » S. Luc dit que Jésus voit ce cortège de la mort. Le verbe utilisé signifie précisément « examiner. » Le regard de Jésus est posé sur chacun et sa miséricorde nous ausculte. Le remède, la réponse, l’unique solution c’est lui Jésus. Il est l’Epoux qui vient et le Fils qui nous sauve.


 


La Sainte Trinité, Dimanche 22 Mai 2016

Textes du jour :

  • Lecture du livre des Proverbes (8, 22-31)
  • Psaume 8  » Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ! »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Romains ( 5, 1-5)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean ( 16, 12-15)

Homélie du Père J-F Marmier

Les débats passionnés des premiers temps de l’Eglise, les écrits des Docteurs et des sages, les révélations des mystiques et les enseignements des maîtres spirituels, 20 siècles de réflexion théologique ne sont malgré tout qu’une pauvre ébauche du mystère de la Très Sainte Trinité.

Le 6 décembre 1273, en la fête de S. Nicolas, célébrant la messe au couvent de Naples, S. Thomas d’Aquin a une révélation qui le change tellement qu’il ne lui est plus possible de poursuivre son immense travail théologique. Le voyant cesser d’écrire, son secrétaire, frère Réginald, lui dit : « Père, comment laissez-vous inachevée une œuvre si grande entreprise, par vous pour la gloire de Dieu et l’illumination du monde ? Thomas d’Aquin répond : « En vérité, je ne puis plus continuer. Tout ce que j’ai écrit me paraît un brin de paille. »

Face à la Sainte Trinité, nos mots et nos pensées ne sont qu’un fétu de paille. Devant un si grand mystère, nous ne pouvons que redire avec admiration ces versets du Psaume 8 : « Mais que sommes- nous, Seigneur ? Que sommes-nous face à Toi ? Que sommes-nous en ce monde ?  A voir ton ciel, les astres et tant d’étoiles, nous sommes poussière dans l’immensité de l’univers. Qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu penses à lui, que tu en prennes souci ? Tu nous as fait grands, plus que toutes les merveilles du monde. Tu nous as établis rois sur les œuvres de tes mains. Tu mets toute la création à nos pieds. Tu nous couronne de gloire et d’honneur. »

C’est une louange magnifique qui chante la gloire de Dieu, la grandeur de l’homme et la beauté du monde. Ce Psaume 8 nous donne un aperçu des dons de Dieu et de ce que nous sommes vraiment. C’est probablement à l’heure de tout perdre et de nous perdre nous-mêmes que nous prendrons peut-être conscience que la création est faite pour nous, et nous pour Dieu. S. Augustin l’a remarquablement exprimé dans cette prière fameuse : « Tu nous a fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi. »

La Bible montre à quel point Dieu désire cette relation avec nous. Il la veut tellement qu’Il se déclare « jaloux. » La Parole dit que le Seigneur est « un Dieu jaloux. » Il est jaloux de tous les faux dieux et de ces idoles devant lesquels nous nous prosternons. Evidement, Dieu n’est pas jaloux à la manière humaine. Tout au long de l’histoire biblique, nous voyons que Dieu agit par jalousie d’amour. Il intervient pour que son peuple revienne de ses trahisons, de ses folies et de tant de blessures faites à l’amour. Dieu intervient aussi dans nos histoires saintes à chacun. Il ne se résout à aucune de nos ruptures d’Alliance.

« O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom, par tout l’univers! » Le Saint Nom de Dieu a énormément d’importance dans la Bible. Jésus dit que « l’Esprit de vérité nous redira tout et qu’il nous fera souvenir de tout. » L’Esprit Saint entretien en nous la mémoire du Saint Nom. Nous honorons aujourd’hui ce Saint Nom en cette fête de la Sainte Trinité. Il nous habite comme un secret d’amour depuis que nous avons été plongés en Lui au jour de notre baptême. Pas un atome de l’univers, pas une cellule de notre corps, rien de ce qui existe ne Lui est étranger.

Baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », le Saint Nom de notre Dieu est gravé en nous pour toujours. Nous invoquons la Très Sainte Trinité sur chaque être vivant et sur le monde entier comme une sainte bénédiction. Car, comme dit le prophète Michée : « Chaque peuple marche au nom de son Dieu. » (5,4)

Le malheur, le drame originel, c’est qu’au lieu de chercher et d’invoquer le Saint Nom, l’homme veut obtenir le renom. Quand on a perdu le Saint Nom, quand on ignore le Saint Nom de Dieu qui est en nous, on cherche le renom à l’extérieur de soi. Les textes bibliques mettent en scène l’errance et la dispersion de cet homme qui ne sait plus qui il est, ni pour quoi il existe. Nous voyons en même temps que ce Dieu amoureux de l’homme ne se résout jamais à cette situation.

La Parole nous révèle un Dieu amoureux de l’homme. Dieu fait la conquête amoureuse de l’humanité et de chaque humain en particulier. Dans un premier temps, Israël est un peuple choisi pour recevoir la révélation du Saint Nom. Il doit apprendre à invoquer et à célébrer ce Nom divin imprononçable. Puis Jésus vient. Il est le porteur du Saint Nom et il vient pour que naisse une nouvelle race d’hommes qui « porteront le Nom de leur Dieu inscrit sur leur front » (Ap. 14, 1).

La Sainte Trinité n’est pas un dogme austère et extérieur à notre vie. Le saint baptême nous fait entrer dans le tourbillon de l’amour infini et éternel du Père, du Fils et du Saint Esprit. La Trinité, c’est notre façon d’être et de vivre. Des mystiques contemporains tels que Ste. Elisabeth de la Trinité ou le Père Maurice Zundel nous le redisent aujourd’hui.

Qualifié de « génie spirituel » par le Pape Paul VI, le père Maurice Zundel (1897-1975) a écrit des pages magnifiques sur le mystère de la trinité : « Jésus, en nous révélant la Trinité, nous a délivrés de Dieu ! Il nous a délivrés de ce Dieu cauchemar, extérieur à nous, limite et menace pour nous: il nous a délivrés de ce Dieu-là ! Il nous a délivrés de nous-mêmes qui étions nécessairement, et sourdement, même si nous n’osions l’avouer, en révolte contre ce Dieu-là…

La Trinité nous ouvre le Cœur de Dieu. Elle nous apprend que Dieu n’est pas quelqu’un qui s’admire, se célèbre, s’encense et s’aime. Parce qu’en Lui toute la vie jaillit, jaillit, jaillit, comme une communication qui va du Père au Fils, du Fils au Père, dans l’unité du Saint Esprit… Avec la Trinité, nous entrons dans le monde de la relation… »


 


Dimanche 29 Novembre 2015, 1er dimanche de l’Avent

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Jérémie ( 33, 14-16)
  • Psaume 24  » Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu »
  • Lecture de la première lettre de St Paul apôtre aux Thessaloniciens ( 3,12- 4,2)
  • Evangile de Jésus Christ selon St Luc ( 21, 25-28. 34-36)

Homélie du Père J-F Marmier

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique. Le temps liturgique nous apprend à accueillir et à célébrer le Dieu qui vient ici et maintenant. Ce dimanche, un chemin s’ouvre devant nous. Nous entrons dans l’Avent avec des paroles vigoureuses. Un appel pressant nous est adressé. L’Avent, c’est un temps d’éveil et de réveil intérieur, c’est un voyage à la rencontre de celui qui vient.

Nous nous mettons en route ce matin avec le même évangile qu’il y a deux semaines mais dans la version de S. Luc. Avec ce texte de type apocalyptique, la Parole ne nous laisse donc pas somnoler sur la paille de la crèche. Ces textes nous encouragent à être des veilleurs et des guetteurs en ce monde qui bascule dangereusement du côté de la nuit. L’Avent nous appelle à la vigilance, à cette « garde du cœur » si chère à nos anciens Pères.

Ce dimanche encore, la Parole nous met devant le Christ quand il viendra à la fin de notre monde. Les très graves questions environnementales auxquelles nous sommes confrontés accentuent fortement cette idée de fin. Il faut dire que dans ce domaine, toute la littérature scientifique, toute les études et d’abord nos propres observations ne nous incitent vraiment pas à l’optimisme, même si la tendance générale c’est d’affirmer qu’il n’y a aucun problème. « Le tropisme naturel de l’occidental moyen c’est -no catastrophe-. » (interview Dominique Bourg).

Dans les écoles de journalisme, on parle de la loi de proximité et même de la loi du mort-kilomètre (source Wikipedia). C’est-à-dire que plus un événement est distant de moi, moins il éveille mon attention. Plus les victimes sont éloignées de notre réalité, moins elles suscitent d’empathie. En plus, l’émotion n’a qu’un temps puisque très vite une nouvelle catastrophe éclipse l’autre. En réalité, c’est assez classique, les hommes ne se préoccupent jamais que de ce qui les touche de près. Effectivement, des phénomènes graves et d’une extrême violence se manifestent un peu partout mais la vie continue et puis ce n’est pas ici (pas encore). La Parole vient justement réveiller notre vigilance et notre compassion.

Au moment où Jérémie prononce ces paroles, Jérusalem est assiégée par les armées babyloniennes. L’ennemi est à ses portes et la catastrophe est imminente. C’est alors que Dieu envoie son prophète à ce peuple totalement désespéré. Jérémie a pour mission d’annoncer que, malgré les apparences, il y aura un avenir. Un descendant de David exercera le droit et la justice. Ce sera le Messie. Durant le temps de l’Avent, l’Eglise nous redit que Dieu est fidèle à ses promesses. Il ne nous abandonnera pas à notre propre folie. Comme on chantait autrefois : « Tu es le Dieu fidèle éternellement ! »

« Viendront des jours, dit Jésus, où les malheurs arriveront sur le monde. Les puissances des cieux seront ébranlées et les nations seront affolées par ces bouleversements. » Les signes que décrit Jésus, nous les voyons tous les jours. La grande fresque de la fin des temps s’accomplit en temps réel. Elle se dessine chaque jour un peu plus sous nos yeux. Face à ces réalités, les réactions sont très diverses : le déni, la sidération, la peur, la colère, l’abattement, la résignation, la dérision, mais plus généralement c’est la préoccupation zéro.

Jésus nous demande un regard de transparence et de lucidité par rapport à tous ces événements. Nous sommes prophètes par notre baptême. Le prophète, c’est celui qui lit sous l’écorce de l’événement. Nous sommes prophète pour comprendre le sens profond de ce qui se passe. Et c’est pourquoi, au lieu d’être abattus par toute cette folie, Jésus dit : « Relève la tête. Comprend que je suis à l’œuvre. Vois, je viens ! » L’Avent fait de nous des prophètes d’espérance.

Antoine, le père des moines du désert, disait un jour : « Un temps vient où les hommes seront fous et quand ils verront quelqu’un qui n’est pas fou, ils s’insurgeront contre lui, en disant : ‘Tu es fou’, parce qu’il n’est pas comme eux. » (Sentences des pères du désert, Solesmes)

A longueur de journée, nous voyons cette folie prendre davantage d’ampleur et nous pensons que tout cela n’a pas de sens. Si nous lisons l’actualité d’une manière horizontale, tout cela n’a en effet aucun sens. Mais, par grâce prophétique, nous pouvons découvrir le sens de l’histoire. Au cœur de l’hiver, le temps de l’Avent nous fait pressentir la secrète et réelle germination du royaume. Tout ce qui existe, toutes personnes, le monde entier, tout est appelé à s’ouvrir pleinement au Dieu qui vient. La Parole montre que depuis l’origine et jusqu’à la fin des temps il y a un sens, il y a un mouvement : Dieu vient ! Il ne cesse de venir. Le Royaume, est en germination.

Dans la Bible et à vue humaine, c’est quand il n’y a plus aucun espoir que Dieu annonce qu’Il va intervenir. Chaque fois que l’horizon des perspectives humaines est complètement bouché, Dieu vient sauver la vie. Il fait renaitre l’espérance en l’homme et l’appelle à s’en remettre à sa seule grâce. Jésus le dit précisément à ses disciples, il nous le dit aujourd’hui : « Vous, ne succombez pas à la peur, restez éveillés et gardez l’espérance car vous verrez le Fils de l’homme venir avec grande puissance et grande gloire. »

Jésus nous dit quelle est l’attitude juste : « Redressez-vous. Levez la tête. » La station debout, c’est la position de l’orant. C’est ainsi qu’est représenté l’homme en prière dans les catacombes vers le 2ème siècle. L’orant est debout mains levées et paumes tournées vers l’avant : « Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu. » Pour élever son âme, il faut retrouver une certaine légèreté intérieure en nous défaisant de tout ce qui nous alourdit. Il y a tout ce qu’on traîne et qui souvent nous entraîne. Quoi qu’il se passe, dit Jésus, ne soyez ni effondrés ni écrasés et ne vous alourdissez pas. Se réveiller, se redresser, s’alléger, veiller, accueillir le Dieu qui vient, voilà la spiritualité propre au temps de l’Avent.


 


Dimanche 22 Novembre 2015, Le Christ Roi de l’univers

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Daniel (7, 13-14)
  • Psaume 92  » Le Seigneur est roi; il s’est vêtu de magnificence »
  • Lecture de l’apocalypse de Saint Jean( ( 1, 5-8)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean ( 18, 33b-37)

Homélie du Père J-F Marmier

La solennité du Christ Roi de l’Univers signe aujourd’hui la fin de l’année liturgique. Depuis quelques semaines déjà, la Parole évoque quotidiennement cette réalité de la fin. Nous ne sommes pas très à l’aise avec les fins dernières et notre propre fin à chacun. Il m’apparait que je suis un être mortel et que mon existence terrestre est limitée. Face à cette douloureuse évidence, la Parole insiste sur le fait qu’on ne peut pas parler de fin sans parler aussi de renouveau. On ne peut pas évoquer la mort sans envisager aussi la vie. Le temps liturgique nous rappelle qu’il y a toujours un moment où quelque chose se termine afin qu’une autre s’ouvre.

L’actualité du monde semble montrer que nous sommes dans une période intermédiaire. On cite souvent la fameuse phrase d’Antonio Gramsci qui dit : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Entre copilote et tireurs fous, des réalités monstrueuses nous sautent chaque jour à la figure. Ces poussées de violence sont les convulsions du vieux monde qui s’expriment dans une rage féroce et cruelle. Ces monstres continueront à se propager jusqu’à ce que tout soit restauré dans le Christ, le Rédempteur de l’homme et le Roi de l’Univers.

Ce matin, le prophète Daniel et S. Jean nous prennent par la main pour nous faire avancer dans ce clair-obscur. Que dit Daniel : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme… » Nuit, nuées, c’est obscur. Dans ces ténèbres, on devine, on presse que quelqu’un s’approche, « un fils d’homme. Il parvint jusqu’au vieillard. » Qui est donc ce vieillard ? Le vieillard, c’est la sagesse du temps, la compréhension de l’histoire, une longue expérience d’humanité. Tout s’incline devant ce vieillard, tout vivant se prosterne devant lui. « Sa domination éternelle ne passera pas et sa royauté ne sera pas détruite », dit le prophète Daniel.

De quelle royauté s’agit-il ? C’est précisément là qu’intervient S. Jean : « A vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre. A lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. »

Aujourd’hui, ce salut glorieux retentit partout dans le monde. Les étendards du Roi sont levés pour acclamer la royauté du Seigneur Jésus. Ces versets sont extraits de l’Apocalypse, un livre étonnant et complexe tissé de références bibliques et de symboles qui pour nous sont difficiles à pénétrer. S. Jean l’a rédigé dans un temps de persécution. C’est pourquoi, ce passage révèle un Christ en gloire, victorieux et rayonnant de majesté.

    « Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. » Le Seigneur est de tous les temps et de toutes les époques. Il est Celui devant lequel toute chose, tout être vivant, se tiendra à la fin. Il est Celui devant lequel nous sommes appelés à nous tenir dès maintenant. La liturgie, la prière, l’adoration sont ces moments où j’apprends à me tenir devant Celui qui est.

Ce texte a été transmis à des communautés dévastées par la douleur, l’inquiétude et le doute. Ces mots de feu nous atteignent aujourd’hui dans notre trouble. Nous vivons dans des sociétés tellement sécularisés et des communautés tellement tièdes qu’on ne sait plus ce que signifie crier vers Dieu et mettre sa confiance en Lui. Le Seigneur parle au présent, il affirme sa présence actuelle. Il vient inaugurer la création nouvelle. Le temps et l’espace, le ciel et la terre, tous les êtres créés, tous les hommes du passé à l’avenir, sont convoqués et impliqués dans cet avènement universel. Tout est appelé à se transformer. L’Apocalypse nous avertit très sérieusement : soit tu entres maintenant dans ce projet de Dieu, soit tu le refuses. Soit tu mutes, soit tu meurs. 

      Cette solennité du Christ Roi s’inscrit aujourd’hui dans un monde à feu et à sang. C’est dans ce contexte que nous recevons avec enthousiasme l’affirmation de S. Jean : le Christ « nous a délivrés. » Nous sommes sauvés ! S. Jean nous appelle à un regard contemplatif sur la présence réelle et actuelle de Jésus. Pour cela, il énonce trois titres de Jésus : Témoin fidèle, premier-né d’entre les morts et souverain. Le témoin c’est le martyr, celui qui donne sa vie jusqu’au bout. Ensuite, par sa résurrection Jésus est le premier-né, celui qui nous ouvre le chemin de la vie et, nous l’affirmons joyeusement, il est Roi.

En quelques phrases, dans un climat liturgique, S. Jean nous fait pénétrer le mystère du Christ. Ces versets nourrissent notre réflexion sur le Christ et notre contemplation de sa royauté. Ils nous appellent à proclamer à notre tour : « Amen ! Gloire à toi mon Seigneur et mon Roi ! » 

      Le Christ est le Pantocrator, le Tout-Puissant. Pourquoi règne t-il ? Parce qu’il a détruit le péché et vaincu le mal, bien sûr. Mais surtout, Jésus règne parce qu’il a aimé et servi jusqu’au bout. Jésus est Roi par le don de sa vie. La Croix est son trône et sa « royauté n’est pas de ce monde. » Le règne de Dieu est totalement différent de ceux que nous connaissons, comme nous le voyons dans cette confrontation de Jésus avec Pilate.

Le prophète Daniel et S. Jean nous ont escorté jusqu’au Roi dont le Psaume 92 célèbre la grandeur : « Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force. » La force de Jésus c’est celle de son amour. Un amour qui le rend vulnérable à l’en crucifier. « Et la terre tient bon, inébranlable ; dès l’origine ton trône tient bon, depuis toujours, tu es. » A nous qui mettons si gravement en péril nos propres écosystèmes et ceux de la terre, il est rappelé que la foi, l’espérance et l’amour font partie de notre écosystème intérieur. Au Seigneur souverain sont le règne, la puissance et la gloire pour l’éternité.


 


Dimanche 1er Novembre 2015, Tous les saints

Textes du jour :

  • Lecture de l’Apocalypse de Saint Jean (7, 2-4. 9-14)
  • Psaume 23  » Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur »
  • Leture de la première lettre de Saint Jean ( 3, 1-3)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu ( 5, 1-12a)

Homélie du Père J-F Marmier

C’est aujourd’hui la fête de tous les saints et demain nous prierons pour tous les défunts. Ces célébrations ressemblent à ce qui se passe dans la nature en cette période de l’année. La pluie secoue les arbres où flottent encore quelques feuilles poursuivies par le vent. Au fil des jours et des semaines, tout finira par se dépouiller totalement pour ne retenir que l’essentiel. La lumière crue de cette fin de saison ne dissimule plus rien. Face à ce dénuement chacun devrait se demander en lui-même ce qui est essentiel dans sa vie. Celui qui n’a pas effacé de son cœur le lien intime de tout vivant avec la Création se demande où va la vie. Où allons-nous ? Où va ma vie ? Où nos défunts sont-ils « partis », comme on dit ?

Avec le mois de novembre, nos liturgies quotidiennes et dominicales sont tintées d’allusions à la fin du monde. Ce temps liturgique nous appelle à projeter nos vies dans ce monde nouveau que Jésus appelle le Royaume. La Parole nous ouvre sur l’au-delà, comme l’automne et l’hiver s’ouvrent lentement et secrètement sur le printemps. Pour autant, nous ne vivons pas cette vie en mode de sursis, mais avec la ferveur d’un amour qui veille et d’une joie qui espère : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir. »  Sur cette terre, les saints étaient profondément habités par cette heureuse perspective du « monde à venir. » Sans crispation mais avec un intense désir, ils attendaient l’immense joie du ciel.

Vous savez, il y a cette petite phrase qui nous habite et nous poursuit depuis l’enfance. Nous sommes individuellement et collectivement imprégnés par cette idée tenace qu’on n’est pas là pour rigoler. Depuis qu’on est venu au monde, on entend : Tu dois faire ceci. Tu dois passer cela si tu veux réussir… Tu dois te battre sinon… On nous dit que la vie est un combat et que voit-on partout ? Tout n’est que lutte et combat. Programmation réussie mais bien triste perspective.

Que dit Jésus ? « Heureux ! Sois heureux ! » Les Béatitudes opèrent en nous un véritable démantèlement. Elles nous libèrent personnellement et individuellement. On est là pour être heureux et pour s’enchanter. On est là pour s’émerveiller. On est là pour goûter cette jubilation d’être vivant. On est là pour sourire à la vie. Telle est la joie des saints. Ils nous appellent à nous déprogrammer de ces vieilles et nauséabondes croyances qui nous infectent et nous pourrissent la vie.

Les saints nous disent que nous n’avons pas une minute à perdre pour être heureux de la joie même de Dieu. La violence du monde et sa folie, nos peurs, notre affaissement et tous nos désordres ne sont qu’une invitation pressante à la sainteté. « L’Eglise n’est pas un hôtel pour les saints. C’est un hôpital pour les pêcheurs », disait avec un certain sens de la formule Mgr. Enzler (Archidiocèse Washington).

Il s’agit donc de se laisser purifier, pacifier et sanctifier par le Saint. Quand des êtres humains se laissent aimer et soulever par Dieu, quand sa grâce peut agir librement en eux, toute leur personne en est alors transfigurée. Tous ces élans d’amour, de générosité et de liberté, toute cette énergie spirituelle devrait aujourd’hui nous soulever. Cette fête de tous les saints doit raviver notre espérance.

Les saints sont inspirants. En ces temps de désenchantement, le parcours de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, est profondément inspirant. On lit dans la 1ère préface des saints ces mots superbes : « Dans leur vie, tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille, et dans leur intercession, un appui ; afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courions jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire… » La 2ème préface des saints dit encore : « Aujourd’hui, nous te rendons grâce, car leur exemple nous stimule et leur prière fraternelle nous aide à travailler pour que ton règne arrive. »

     Les saints sont inspirants. Certains marquent profondément notre vie. Nous vivons avec eux une véritable amitié spirituelle. D’autres saints traversent notre vie de façon inattendue. Ont-ils reçu du Ciel une mission particulière pour nous entraîner vers le Dieu Saint ?

Les saints sont inspirants pour notre temps. Ils nous disent que les choses peuvent être autrement. On peut sortir de cet enfer. On peut se transformer. Il suffit de se laisser faire, de se laisser défaire, de se laisser refaire par le seul Saint. Ceux qui sont ainsi transformés sont contagieux. Ils deviennent de généreux diffuseurs de paix, de joie, de bonheur. Dans l’esprit des Béatitudes, ils nous disent : « Heureux ! Soyez heureux ! » Nous ne sommes pas sur cette terre pour vivre dans la terreur, pour nous « gaver » ou compenser notre mal-être. Nous sommes ici pour nourrir la joie et le bonheur : « Heureux ! Soyez heureux ! »

Souvent, nous admirons la perfection des saints. Nous mesurons leur sainteté à l’héroïcité de leurs vertus. Les saints ont été parfaits en charité. Peu à peu, parfois même lentement, difficilement, l’amour a atteint en eux sa perfection. J’aime cette pensée de C-G. Jung selon laquelle « Il ne s’agit pas d’atteindre la perfection, mais la totalité. » Il s’agit d’être complet, d’avoir accompli ce que nous avions à faire ici. Il s’agit d’avoir réalisé sa mission et non pas le programme qu’on ne cesse de vouloir nous imposer. Ainsi, achevant sa mission, Jésus disait : « Tout est accompli. Père, en tes mains je remets ma vie. »

Dans son livre « Gagner le combat spirituel », le Père Descouvrement dit que « Nous vivons tellement en-dessous de nos moyens, tant physiques que spirituels ! » La fête de tous les saints nous rappelle aujourd’hui notre devoir de sainteté. Ne vivons pas en-dessous de nos capacités spirituelles.

Etre un saint ne signifie pas vivre en lévitation, les yeux révulsés et la tête inclinée à midi moins le quart. La sainteté appelle chacun à poser sa pierre pour bâtir le Royaume annoncé par Jésus. La Toussaint, c’est la fête de ces milliers de bâtisseurs de ce Royaume au fronton duquel il est écrit : « Heureux ! Soyez heureux ! »


 

 

 


Dimanche 26 Juillet 2015, 17ème dimanche du temps ordinaire

Lectures du jour :

  • Lecture du deuxième livre des Rois ( 4, 42-44)
  • Psaume 144  » Tu ouvres la main, Seigneur : nous voici rassasiés »
  • Lecture de la lettre de St Paul Apôtre aux Éphésiens ( 4, 1-6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,1-15.

En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Commentaires

Les miracles accomplis par notre Seigneur Jésus Christ sont vraiment des œuvres divines. Ils disposent l’intelligence humaine à connaître Dieu à partir de ce qui est visible, puisque nos yeux sont incapables de le voir en raison même de sa nature. En plus, les miracles que Dieu opère pour gouverner l’univers et organiser toute sa création ont tellement perdu de leur valeur à force de se répéter, que presque personne ne prend la peine de remarquer quelle œuvre merveilleuse et étonnante il réalise dans n’importe quelle petite graine de semence.

C’est pourquoi, dans sa bienveillance, il s’est réservé d’accomplir au moment choisi certaines actions en dehors du cours habituel des choses. Ainsi, ceux qui tiennent pour négligeables les merveilles de tous les jours restent stupéfaits à la vue d’œuvres qui sortent de l’ordinaire et cependant ne l’emportent pas sur celles-là. Gouverner l’univers est en vérité un miracle plus grand que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ! Et pourtant personne ne s’en étonne… Qui, en effet, nourrit aujourd’hui encore l’univers sinon celui qui, avec quelques grains, crée les moissons ?

Le Christ a donc agi en Dieu. C’est par sa puissance divine qu’il fait sortir d’un petit nombre de grains de riches moissons ; c’est par cette même puissance qu’il a multiplié les cinq pains. Les mains du Christ étaient pleines de puissance ; ces cinq pains étaient comme des semences non jetées en terre mais multipliées par celui qui a fait le ciel et la terre.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église


 


Dimanche 19 Juillet 2015, 16ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Jérémie ( 23, 1-6)
  • Psaume 22  » Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. »
  • Lecture de la lettre de St Paul, Apôtre aux Éphésiens ( 2, 13-18)
  • Évangile de Jésus Christ selon Saint Marc ( 6, 30-34)

Commentaire du Père J-P Sagadou, assomptionniste

c’est une véritable relation qui s’est établie entre Jésus et ses disciples : il les appelle, les envoie, leur donne pourvoir et leur indique ses prescriptions…et eux partent, deux à deux, proclament, chassent les démons et guérissent les malades. Les voilà de retour de leur première mission. ils sont heureux d’annoncer à Jésus ce qu’ils ont fait et enseigné en son nom. et c’est alors que lui, le Maître qui appelle et qui envoie, leur adresse cette invitation :  » Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » La décision étant prise, ils partent en barque. mais voilà que, sur les collines qui avoisinent le lac, les pauvres ne quittent pas des yeux la barque de Jésus qui s’éloigne avec ses disciples. et quand il débarque avec les siens, il découvre sur la côte des gens venus de toute la région pour être guéris et pour entendre ses paroles sur le Royaume. En voyant la foule, Jésus est « saisi de compassion » parce qu’elle est sans berger et il se rappelle les paroles des prophètes  » je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis….Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront; elles ne seront plus apeurées ni effrayées. »

Pour répondre aux besoins de la foule, Jésus la nourrit de sa parole et de son pain et par là, il révèle son visage de bon berger »qui donne sa vie pour ses brebis ». Ce dernier est l’image parfaite de la miséricorde de Dieu pour chaque personne humaine. il appelle et envoie à diverses missions.

Finalement, être disciple du Christ, c’est moins choisir le repos  que l’aventure, à sa suite, pour rechercher les brebis égarées et les soigner avec tendresse.