Paroisse Notre-Dame de la Mer

Mar-Vivo


Dimanche 16 Juillet 2017, 15ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Isaïe ( 55, 10-11)
  • Psaume 64  » Tu visites la terre et tu l’abreuves, Seigneur, tu bénis les semailles »
  • Lecture de la lettre de St Paul, apôtre aux Romains ( 8, 18-23)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu ( 13, 1-23)

Homélie du Père Etienne Kabasele

Dimanche passé, nous avions médité sur le repos, il s’agit du repos spirituel pour notre intégral épanouissement. « Venez vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, je vous donnerai le repos » ( Parole du Seigneur)

Frères et sœurs, aujourd’hui – 8 jours après – avons-nous pris un moment au calme pour déposer nos fardeaux dans le Seigneur ? nos fardeaux, nos soucis, nos préoccupations, les fardeaux des autres aussi avec leur détresse ? ( rappelons-nous de la détresse d’une partie du peuple du Congo Kinshasa, du Venezuela et de bien d’autres)

La parabole du « Semeur » vient aujourd’hui prendre la suite de la méditation pour faire du chemin avec nous !

« C’est dans le bric-à-brac de notre vie intérieure que la Parole de Dieu peut se frayer un chemin » disait le Père GIBERT. Cette parole, elle est le fruit de la vie qui se donne, comme une lente germination au sein de notre société contemporaine sans aucune profondeur intérieure.

Cette lente germination de la Parole fait son chemin dans nos vies parfois blessées et dans nos résistances intérieures.

Voilà qu’avec la Parabole du Semeur, le Seigneur nous appelle à faire la première place à sa Parole. Quel impact a la Parole de Dieu dans notre vie quotidienne ? Car c’est Dieu lui-même qui se donne comme Parole, Il se donne comme semence pour venir féconder l’infertilité du cœur humain parfois endurci.

Le Dieu de Jésus Christ est lui-même le semeur, généreux pour toutes les terres… Cela veut dire ( à mon avis) que tous les hommes ont la même chance d’accueillir la bonté et de la donner. L’amour de Dieu pour l’homme dépasse notre imagination.

Toutes les terres pour Dieu en effet doivent recevoir des graines. Dieu donne là où on n’y attend pas forcément.

Que cette eucharistie fasse de nous des semeurs d’espérance. Que Jésus déjà reçu dans la Parole et que nous allons recevoir dans un instant comme Pain Vivant descendu du ciel, que ce don puisse nous aider à arracher les ronces de notre égoïsme.

Mes frères et sœurs, que cette Parole vienne s’offrir à nous comme dans un vase d’argile, comme un souffle fragile, alors puissions-nous rendre grâce à Dieu pour la confiance qu’Il fait à tout être humain.

Que cette confiance nous ouvre au partage des dons reçus.


 

 


Dimanche 9 Juillet 2017, 14ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du livre du prophète Zacharie ( 9, 9-10)
  • Psaume 144  » Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais »
  • Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Romains ( 8, 9. 11-13)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu  ( 11, 25-30)

Homélie du Frère Evermode de l’abbaye de Mondaye

Saint Matthieu dans son évangile nous dit à plusieurs reprises que Jésus est un homme de paix et de compassion, qui se sent à l’aise avec les petits, les démunis, ceux qui souffrent. Il est l’image de Dieu, son Père, qui n’est pas un Dieu sévère, lointain et froid mais un Dieu plein d’amour et de tendresse. C’est le thème central des textes d’aujourd’hui que nous avons entendu.

Le Seigneur est un Dieu de bonté qui donne toujours une autre chance. Nous n’avons qu’à relire les textes qui mentionnent Marie Madeleine, Zachée, la Samaritaine, le bon larron, Pierre, l’enfant prodigue, les ouvriers de la dernière heure, Paul de Tarse et tant d’autres à travers les siècles.

Toute la vie moderne exalte la force, la richesse et le pouvoir. La publicité fait la promotion des victoires politiques, sportives et économiques. Être numéro un, être le premier, le plus fort, quel qu’en soit le prix à payer ou les moyens pour y parvenir !

Notre culture présente les grandes vedettes comme des modèles à imiter. Observez les enfants, qui essaient d’imiter les adultes. Leurs héros sont souvent ceux qui gagnent les batailles de rues, qui ont la gâchette facile ! Qui savent se débrouiller d’une manière pas toujours droite …

Dieu se révèle à nous, non pas puissant et fort mais«doux et humble de cœur». Et les fruits de l’Esprit qu’il nous propose sont à son image :«la charité, la joie, la paix, la patience, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur, la maîtrise de soi» (Galates 5, 22).

Le Seigneur se présente, non pas comme un Dieu que l’on doit craindre, mais un Dieu qui accompagne, qui est présent, qui apporte la joie et la paix!«Voici que je suis à la porte et frappe… Si quelqu’un ouvre, j’entrerai chez lui et prendrai mon repas avec lui»(Apocalypse 3, 20)

Il est «un Dieu doux et humble de cœur»… C’est la première révélation de l’évangile d’aujourd’hui. Une deuxième, tout aussi importante, est l’invitation que le Christ nous fait de partager notre fardeau :«Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous soulagerai.»

Nous savons que les lois juives étaient un joug lourd à porter. Elles comprenaient quelque 613 commandements et régulations. Pour les gens simples et surtout pour ceux qui pratiquaient certains métiers, c’était impossible d’observer toutes ces lois. En conséquence, plusieurs étaient rejetés parce que considérés comme «impurs» et parce qu’incapables d’observer toutes les régulations tatillonnes : les bergers, les conducteurs d’ânes, les vendeurs itinérants, les tanneurs de peaux, les collecteurs d’impôts, sans parler des centaines de personnes expulsées de leur village parce qu’elles souffraient d’une maladie de peau.Tous ces gens étaient privés de leurs droits civiques les plus élémentaires.

Jésus veut bien observer la loi, mais il refuse d’en faire un lourd fardeau et une cause de discrimination et d’injustice. Pour lui, la loi doit être un élément de libération et de justice :«Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger».

Dans les actes des apôtres, saint Pierre et saint Paul refusent eux aussi d’imposer aux non-Juifs des règles trop rigides :«Ce serait leur imposer un joug insupportable que de les obliger à suivre toutes les lois de Moïse. Pourquoi voulez-vous leur imposer un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons eu la force de porter?»(Actes 15, 10) Comme Jésus, Pierre et Paul ne veulent pas assujettir les gens à des lois qu’ils ne pourraient supporter. Souvent, à travers les siècles, l’Église a oublié cette sagesse évangélique.

Jésus accusait les prêtres, les pharisiens et les scribes, c’est à dire l’Église de son temps, d’imposer aux gens des fardeaux qu’eux-mêmes refusaient de porter : «Les scribes et les Pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : faites donc et observez ce qu’ils vous disent, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des autres alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt» (Mt 23, 2-4).

Jésus offre aujourd’hui de partager nos fardeaux : maladies, infirmités, vieillesse, pauvreté, échecs, solitude… Ils sont moins lourds à porter lorsque le Christ les porte avec nous.

Notre Dieu est un Dieu «doux et humble de coeur», un Dieu «qui veut partager le poids de notre fardeau quotidien». Jésus est venu pour redonner à la religion son rôle de soutien et de libération. C’est la bonne nouvelle de ce dimanche.

Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.


 


Dimanche 2 Juillet 2017 13ème dimanche du temps ordinaire

Textes du jour :

  • Lecture du 2ème livre des Rois ( 4, 8-11.14-16a)
  • Psaume 88  » Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante »
  • Lecture de la lettre de St Paul apôtre aux Romains ( 6, 2-4, 8-11)
  • Evangile de Jésus Christ selon St Matthieu ( 10, 37-42)

Homélie du Frère Paul-Emmanuel de l’Abbaye de Mondaye

La liturgie fait bien les choses et je suis soulagé, d’une certaine manière, que ce dimanche ne soit pas le dimanche de la fête des mères ou de la fête des pères… les textes en auraient peut- être froissés plus d’un dans notre assemblée. Les paroles de Jésus sont sans appel : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ». Et encore… Matthieu atténue la formule terrible de Luc, du moins si on la traduit littéralement : Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme,…, il ne peut être mon disciple. »

Encore une fois, mais n’y sommes-nous pas trop habitués, des années de vie chrétienne n’ont elles pas chloroformé‚ inactivé‚ comme on dit pour les virus cette parole ? Encore une fois, si cet Evangile passe la porte de nos oreilles pour aller jusqu’aux profondeurs de notre coeur, n’est-ce pas là un Evangile déroutant, scandaleux même par ses exigences ?

Passe encore pour l’affaire de la croix à prendre, on sait bien que, quels que soient les objectifs qu’on se fixe, il y aura toujours des difficultés, des contretemps, voire des échecs sur le chemin, cela… c’est le lot de quiconque entreprend quelque chose ! Mais toucher à nos affections les plus légitimes, toucher à notre propre vie, les faire passer après Jésus, c’est un autre problème !!! Pour qui se prend Jésus pour nous demander cet attachement exclusif à sa personne ? Oui, on savait qu’il fallait aimer les autres comme soi-même, et ce n’est déjà pas facile, car on s’aime souvent si mal. Il faut maintenant préférer Jésus à tous nos proches.

Aucun de nous n’ignore l’importance et l’impact des choix posés dans une vie. En particulier quand ces choix fondent une existence entière, et qu’ils en sont la colonne vertébrale. L’Evangile d’aujourd’hui a certes de quoi déconcerter. D’une certaine manière, Jésus semble donner, pour qui veut le suivre, des repères aussi indispensables qu’incontournables. Celle et ceux qui veulent le suivre doivent prendre conscience de l’importance des ruptures et des choix à poser pour être ouvrier du Royaume. Jésus ne nous dit pas qu’il ne faut pas aimer père et mère, enfants, et même notre propre vie. Il nous invite de manière radicale à poser les choix fondateurs qui donneront à notre vie une réelle capacité à aimer comme lui-même nous a aimés. Suivre le Christ, choisir le Christ pour maître et pour ami, suppose un renoncement radical et sans appel à ce qui n’a rien à voir avec l’Evangile. C’est à cela que le Christ appelle ses disciples. Hier, comme aujourd’hui encore.

La question est celle du « plus », celui qui aime père et mère plus que moi. Jésus ne nous dit pas qu’il ne faut pas aimer et respecter son père et sa mère. Jésus parle de la préférence, du choix préférentiel. Il dit que choisir « père et mère » (ou tout autre attachement : son fils, sa fille, son frère, sa sœur, son époux ou son épouse) et choisir de les mettre à la première place dans sa vie : c’est probablement risquer qu’ils tiennent toute la place dans sa vie, et dans un cœur humain, nous le savons très bien les attachements sont les attachements.

Jésus réclame pour lui, la meilleure place à l’intérieur de notre cœur, il réclame au plus profond de nous-mêmes (là où nous sommes seuls à savoir ce qui se passe vraiment, il réclame la place de choix). C’est une place un peu secrète, un peu mystérieuse, mais il la réclame pour lui, parce que dans notre cœur, il est lui la source de tout amour possible. Si saint Jean a raison – c’est-à-dire si Dieu est bien l’amour – alors il est très important que Jésus, le Fils unique, viennent prendre la première place dans notre cœur, parce qu’il est le seul moyen pour notre cœur de commencer vraiment à aimer. Si nous ne faisons pas confiance à Jésus pour nous apprendre à aimer, pour être au plus profond de nous à la première place, l’amour même dans notre vie, alors sans doute, bien des affections, des amours et des amitiés légitimes (et d’ailleurs changeants) ou des sentiments très chaleureux pourront habiter notre cœur vis-à-vis de nos proches, mais quel sera leur fondement légitime. Est-ce que je puis être si sûr de savoir aimer vraiment, si je n’ai pas choisi de recevoir de Dieu lui-même l’amour qui fait de moi un être aimant.

C’est une question fondamentale. De quelle nature est l’amour avec lequel j’aime autrui. Comment est-ce que j’aime père et mère. Des parents doivent se demander comment ils aiment leurs enfants, et les enfants comment ils aiment leurs parents. Or un amour vrai n’est certainement pas un amour qui possède, qui emprisonne l’autre, et qui le garde au frais en attendant que mon cœur veuille s’épancher. Un vrai amour est un amour qui fait exister l’autre plus que moi-même, un amour qui accepte même de perdre l’être aimé si c’est cela qui doit faire son bonheur.

Vivre l’Evangile change tout dans la vie de celui qui choisit le Christ pour maître et pour ami. Vivre l’Evangile, c’est donner à notre vie la source où puiser ce dont nous avons besoin pour être Visage du Christ pour nos frères. C’est donner à notre vie d’être le lieu même de l’incarnation de Dieu au coeur de ce monde. C’est donner à notre vie d’être don, car notre vie tire toute sa valeur et sa grandeur de notre capacité à la donner, et à la perdre, à la manière du Christ lui-même.

Oui, tout change dans notre manière d’aimer, mais aussi dans notre manière de faire et d’agir à partir du moment où nous acceptons de nous retirer et de laisser la première place au Seigneur. Qui a trouvé sa vie POUR SOI la perdra ; qui a perdu sa vie A CAUSE DE MOI la trouvera. De ce que j’aurai fait pour moi seul, rien ne subsistera. Au contraire, de ce que j’aurai fait pour lui, rien ne sera perdu.

Là aussi, peut-être que dans votre tête, votre imprimante intérieure est en train de sortir le listing de tout ce que vous avez déjà fait pour le Seigneur : les messes, les prières, les bonnes œuvres, les engagements. La liste peut-être fort longue, mais de tout cela, de tout ce que j’ai fait pour Lui, il ne restera rien si je l’ai fait à cause de moi. Si je l’ai fait, parce qu’on l’a toujours fait dans ma famille, dans mon milieu, si je l’ai fait parce que ça me valorise, si je l’ai fait pour résoudre mes conflits intérieurs, si je l’ai fait pour avoir la conscience tranquille.

Et pourtant il faut le faire, et en le faisant pour le Seigneur, à cause de Lui, on le fait vraiment pour soi. A cause du Christ, Augustin, Benoît, Norbert, François d’Assise, Thérèse et combien d’autres ont quitté l’argent, les relations, une carrière, pour se consacrer à la prière ou à l’annonce de l’Evangile. Alors, frères et sœurs, est-ce bien à cause de Lui que nous sommes ici ? Et si pour nous la réponse n’est pas très claire, et elle est toujours à clarifier, alors il faut faire ce que nous dit saint Paul : Si par le baptême dans la mort de Jésus, nous avons été mis au tombeau avec Jésus, c’est pour que nous menions une vie nouvelle. Et cette vie nouvelle, elle peut commencer maintenant, tout de suite et ici. Frères et sœurs, voulez-vous être de celles et ceux qui répondent présents quand la Bonne Nouvelle appelle à l’engagement d’une vie, Voulez-vous être de ces disciples que le Christ envoie au monde pour étancher sa soif ? Si oui, puisse l’amour de Dieu, en prenant la première place, transformer vraiment et merveilleusement l’amour que nous nous portons mutuellement.



Jeudi 25 Mai 2017, Solennité du Seigneur

Textes du Jour :

  • Lecture du livre des Actes des apôtres ( 1, 1-11)
  • Psaume 46 « Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur aux éclats du cor »
  • Lecture de la première lettre de St Paul apôtre aux Ephésiens ( 1, 17-23)
  • Evangile de Jésus Christ selon St Matthieu ( 28, 16-20)

Homélie du Père J-F Marmier

Dès le matin pour s’habiller, puis pour sortir, travailler, marcher, faire les courses…  Que fait-on ? On regarde le ciel ! Notre vie est rythmée par l’observation du ciel. Radieux ou couvert, de jour comme de nuit, le ciel nous inspire. Dès l’enfance, notre regard sonde et questionne ces espaces infinis.

Ce jour-là, sur cette montagne où il leur avait donné rendez-vous, Jésus « s’élève dans le ciel et une nuée le soustrait à leurs yeux. » En bons terriens, les disciples continuent de scruter le ciel. C’est alors que les anges, ces grands connaisseurs du ciel, interviennent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » 

     Au jour de l’Ascension, la Révélation est achevée. Le temps de la Révélation prend fin. Un autre temps s’ouvre maintenant. C’est désormais le temps de la proclamation au monde : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » Avec l’Ascension de Jésus, on passe de la Révélation à la Proclamation.

Nous sommes dans ce temps de la proclamation. Nous contemplons, nous espérons et nous désirons ce ciel que nous annonçons à tous les habitants de la terre. Missionnaires du ciel, nous baissons notre regard vers la terre pour proclamer et témoigner que Jésus est le Seigneur, Jésus est vainqueur de la mort, Jésus est ton Sauveur.

     Tout au long des discours d’adieu entendus ces derniers dimanches, Jésus a annoncé son départ aux disciples en leur disant : « Je m’en vais. » A chacune de ces annonces, Jésus précise : « Je m’en vais et vous me chercherez… et il est préférable pour vous que je m’en aille… Je m’en vais vous préparer une place… et je reviendrai… et je vous enverrai l’Esprit… »

     Maintenant qu’il disparaît à leurs yeux de chair les apôtres ne pourront plus le voir de la même manière qu’avant. Ils doivent passer du regard physique à celui de la foi. Jésus s’en va et il ne sera plus là comme avant. Ils doivent maintenant reconnaître sa Présence en eux et au milieu d’eux. Jésus ne s’en va pas quelque part. Il ne se déplace pas dans un autre lieu, il change de mode de présence. Désormais, il est présent autrement. Il est partout présent. Il est présent par son Esprit. Il est présent dans son Eglise, dans sa Parole et dans son Pain, ainsi que nous le chantons : « Seigneur Jésus, tu es présent dans ton Eucharistie. »

 

Comme tout départ, celui de Jésus nous rappelle l’impermanence des choses. Nous aimerions fixer les choses pour toujours comme elles sont. Nous aimerions figer la vie comme sur une photographie, mais non car toutes les formes sont impermanentes.

Avec les moyens colossaux que nous avons mis au point, c’est toujours étonnant de réaliser que le monde n’est pas aussi solide qu’il paraît. Des réalités apparaissent pendant un temps et ensuite elles disparaissent. Ces réalités fugitives mettent en évidence notre propre fragilité. Comme dit le Psaume 102 : « L’homme ! ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit : dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il était l’ignore. »

Le monde dans lequel nous vivons et auquel nous nous attachons n’est ni stable ni sécurisant. Ce monde est impermanent. Il est donc source de frustration et d’insatisfaction. Ces versets Psaume 48 sont très impressionnants. Ils nous rappellent que rien ne dure éternellement : « Ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie pour les siècles ; sur des terres ils avaient mis leur nom. L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat. Tel est le destin des insensés et l’avenir de qui aime les entendre : troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître… Mais Dieu rachètera ma vie aux griffes de la mort : c’est lui qui me prendra. »

     Méditons sur l’impermanence, car tout, même si ce n’est pas pour tout de suite, tout à un début et une fin. A chaque seconde, sans même nous en apercevoir, nous changeons…   Je trouve à l’instant ces mots de Marc Chagall qui mettent un peu de lumière dans cette sombre évidence : « Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir. »

Jésus s’en va sans bagages car il les laisse à ses disciples. Il leur laisse sa Parole qui contient tout pour poursuivre le chemin de vie qu’il a ouvert aux hommes. L’Ascension est un départ, mais c’est surtout un commencement. C’est le point de départ d’une mission universelle : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. » De quoi, en effet, nous occuper un certain temps. Car la terre dont il est question, c’est bien sûr notre planète terre, mais c’est d’abord notre terre intérieure.

Le premier espace de la mission, c’est notre propre terre à chacun. Il y a tant d’espaces en nous à évangéliser. Il y a des lieux en nous que la Parole n’a pas encore atteints. Chaque humain est une terre de mission. Les anges nous pressent d’accomplir cette mission : « Pourquoi restez-vous (planté) là… » Il y a de l’ouvrage qui vous attend dans vos propres terres. Il y a une mission passionnante jusqu’aux extrémités de la terre entière. Il est évident que cette mission nous déborde, mais elle nous soulève en même temps.

On a parfois l’impression que Jésus est parti dans son ciel, nous laissant à nos petites misères et notre morne quotidien. Nous cherchons des signes de sa présence. Où est-il ? Il est avec nous, selon sa promesse. Le départ de Jésus de cette terre, c’est la condition de sa présence universelle. Il est maintenant présent à chaque être humain. Jésus instaure une relation nouvelle. C’est une relation qui nous unit à la fois au Dieu vivant et à tous les vivants.


 


Dimanche 21 Mai 2017, 6ème dimanche de Pâques

Textes du jour :

  • Lecture du livre des Actes des apôtres ( 8, 5-8 .14-17)
  • Psaume 65  » Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur »
  • Lecture de la première lettre de Saint Pierre apôtre ( 3, 15-18)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean ( 14, 15-21)

Homélie du Père J-F Marmier

Beaucoup de personnes souffrent. Certains souffrent énormément. Comment en arrive- t-on à un tel niveau de souffrance ? A la racine de la souffrance, il y a le souci. Se tracasser, craindre pour soi et pour les autres, s’inquiéter du présent, avoir peur du lendemain, c’est le point de départ de bien des souffrances.

En fait, l’homme est un penseur compulsif. Un message d’alerte se manifeste en nous et voilà le souci qui apparait. Le mental se met à le tricoter et ce souci se transforme peu à peu en inquiétude. On en parle aux autres et il devient alors de l’angoisse. On perd ainsi un temps et une énergie considérable. Et quand ce mécanisme s’inscrit en nous on perd le contrôle et on se met à vivre dans la peur. En plus, les médias entretiennent cet état d’angoisse, ce qui nous pousse à rester chez nous, à nous protéger, à surconsommer et à nous divertir pour oublier. On devient dépendant et on perd peu à peu toute autonomie et toute réflexion.

J’ai remarqué une chose que disent tous les voyageurs, surtout ceux qui se déplacent à pied ou à vélo. Tous disent ceci : Le monde que nous avons vu n’est pas celui que vous voyez sur vos écrans. Les gens que nous avons rencontrés ne sont pas ceux dont on vous parle à longueur d’antenne. Ces témoignages nous font comprendre qu’il faut nous libérer de l’angoisse et sortir du cercle vicieux de la peur.

Jésus n’a cessé de dire : « N’ayez pas peur ! » Avec cet évangile, nous sommes toujours dans les discours d’adieu. Dans ce long testament spirituel qui court sur quatre chapitres (14 à 17), Jésus apaise ses disciples. Après ces paroles rassurantes, il leur fait une promesse très réconfortante : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité. » Jésus emploie le terme de paraklètos que certaines versions de la Bible ne traduisent pas, laissant le mot Paraclet. Le terme grec paraklètos a une double signification, il signifie à la fois consolateur et aussi défenseur.

     L’homme de notre temps se croit désespérément seul. C’est un homme qui se croit orphelin et qui se construit un monde de toute-puissance. Or, cet ultime message de Jésus ne parle que de relation et d’intimité avec Dieu : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père. Moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » Jésus nous guérit de tout sentiment d’abandon et de solitude : L’Esprit le Consolateur et le Défenseur « sera pour toujours avec vous. » La nouveauté dans le Christ tient dans ce don du Saint Esprit que Jésus fait à ses amis. Par ce don de l’Esprit, Jésus met au plus intime de nous son dynamisme de vie et d’amour. Ainsi, nous pouvons aimer comme Jésus aime.

Le temps pascal, ces 50 jours entre Pâques et Pentecôte, sont imprégnés par ce grand discours d’adieu de Jésus à ses disciples. La foi appelle à un changement de vie. Elle suppose que nous mettions en pratique ce que Jésus a dit, en reconnaissant que sa Parole est vraiment la Parole de Dieu. Si nous affirmons que cette Parole est celle de Dieu, elle doit alors commander et orienter tous nos choix, toutes nos actions et toute notre vie. C’est pourquoi Jésus parle ici de fidélité à ses commandements.

Que signifie être fidèle ? Est-ce pratiquer et venir à des cérémonies à l’église ? Le commandement de l’amour s’exprime en actes et en vérité. S. Jean le répète aux premiers chrétiens qui ne fréquentaient plus les synagogues et qui ne construisaient pas encore d’églises : Ne cherche pas Dieu dans un lieu particulier, parce que le Père et le Fils « demeurent en toi », et que tu es « le temple de l’Esprit Saint. »

Tant que Jésus était là, il protégeait les siens. Maintenant qu’il s’efface à leurs yeux, il sera remplacé par une présence intérieure, l’Esprit Saint. C’est Lui qui les défendra et les enseignera. L’Esprit ne leur donnera pas un autre message, mais il actualisera dans leur vie la Parole de Jésus.
La foi se nourrit. Elle s’éclaire et se développe. C’est pourquoi, nous écoutons des enseignements, nous lisons des livres de spiritualité, mais rien ne remplace l’expérience personnelle. Notre maître et notre guide intérieur, c’est l’Esprit Saint. L’Esprit nous fait passer de l’extériorité superficielle à l’intériorité profonde. L’Esprit nous fait progresser et avancer sur le chemin de vie.

J’ai entendu dernièrement une phrase marquante qui va dans ce sens. Il était écrit : Nous sommes des êtres d’insatisfaction parce que nous sommes des êtres d’évolution. C’est bien vrai, nous voulons toujours plus, nous voulons mieux, nous voulons ailleurs. Le danger, c’est d’accaparer au lieu de se transformer soi-même. Le malheur, c’est d’accumuler au lieu d’évoluer spirituellement.

Quelle soirée pour les disciples de Jésus : le lavement des pieds, le dernier repas, la sortie de Judas, l’annonce de la mort de Jésus, la promesse de l’Esprit Saint Paraclet, le commandement de l’amour… Tout ce qui se passe ce soir-là à l’étage de cette maison de Jérusalem est au cœur de notre foi. Ces paroles et ces dons de Jésus ont mis ses disciples en route et ils continuent de le faire.

On ne prend le départ qu’à cause d’un but. Personne ne se met en route s’il n’est pas attiré. On n’avance d’aucune manière si quelque chose ou quelqu’un ne nous attire à lui. C’est désir, l’envie et le but qui déclenchent le premier pas, le second, puis un autre et encore un autre. Plus ce but est clair pour vous, plus il vous touche dans la profondeur de votre être, plus vous serez déterminés à aller dans cette direction. Nous sommes ici pour évoluer et avancer vers cet immense amour pour lequel nous sommes créés. Je marche, quelles que soient les difficultés du chemin. Je n’avance pas seul puisque l’Esprit Saint Consolateur et Défenseur est toujours avec nous.


 


Dimanche 14 Mai, 5ème dimanche de Pâques

Textes du jour :

  • Lecture du livre des Actes des apôtres ( 6, 1-7)
  • Psaume 32  » Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi »
  • Lecture de la première lettre de Saint Pierre ( 2, 4-9)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean ( 14, 1-12)

Homélie du Père J-F Marmier

Le dernier repas vient d’avoir lieu. Jésus a lavé les pieds des disciples, les appelant à aimer et à servir comme lui. Judas est sorti. Il s’enfonce dans l’épaisseur de la nuit. C’est alors que le Maître prononce ce qu’on a coutume d’appeler le discours d’adieu. Le discours d’adieu est un genre littéraire connu de la Bible. Il y a le discours d’adieu de Jacob (Gn. 49), celui de Moïse (Dt. 31), de Josué (Jos. 23). Paul aussi fera ses adieux (Ac. 20). Le discours d’adieu de Jésus s’achève par sa grande prière (Jn. 17).

Nous entendons ici la première partie du grand discours d’adieu de Jésus. Les disciples sont inquiets. Que va t-il se passer pour eux ? Plusieurs thèmes s’entrecroisent dans ces versets : la connaissance, la maison, le chemin, la vie, le lien du Fils et du Père, demeurer, voir, croire… A ces thèmes s’ajoutent des symboles et des allusions bibliques. Chaque mot est donc lourd de sens et chaque verset a une très grande portée. Ce discours n’est donc pas si facile à suivre, mais au centre, comme sur une icône, il y a le Christ Seigneur. Jésus est la véritable icône de Dieu : « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

     A travers les siècles, ces paroles nous rassemblent autour de Jésus. Sa voix nous parvient et nous entendons son désir profond de nous protéger, de nous rassembler, de nous unifier, de nous sanctifier et finalement de nous accueillir à cette place qu’il nous a lui-même préparée dans le cœur du Père.

Dans ce passage, Jésus parle de demeure, de maison et de place. Il répond ainsi à un besoin fondamental de l’être humain, celui d’un lieu de vie, de paix, de joie et d’abondance. Nous cherchons tous notre lieu. Nous voulons le calme et la stabilité. Nous sommes inquiets tant que nous n’arrivons pas à trouver notre place. Nous sommes bouleversés par le malheur de tant de déplacés et de sans place. Jésus dit que nous avons tous notre place en Dieu. C’est une promesse très réconfortante.

La question de Thomas amène Jésus à parler du chemin. L’image du chemin c’est aussi quelque chose qui nous parle. Nous avons besoin de nous orienter, de trouver notre voie et d’avancer. Dans la confusion générale où nous sommes, nous avons besoin de retrouver le bon sens et la juste direction. Jésus répond à Thomas, il nous dit que le chemin ce n’est pas quelque chose, le chemin c’est quelqu’un. Le chemin c’est lui.

Au cœur de ce message, il y a un vibrant appel à la foi. La foi, c’est ce dynamisme intérieur qui nous oriente vers le Père. Notre monde tangue et craque comme un vieux navire en déroute. La foi nous aide à traverser tous ces bouleversements. Elle nous soutient et nous encourage, alors que tout menace de chavirer. La foi nous met en route vers Dieu.

Cet ultime message de Jésus contient des paroles essentielles pour ce que nous avons à vivre en ce monde. Il est question de notre demeure d’éternité et du chemin qui y conduit. Jésus dit qu’il s’en va vers le Père. C’est important de l’entendre, parce qu’un jour nous devrons aussi quitter ce monde pour entrer dans celui de Dieu. Ce monde de Dieu, n’attendons pas la mort pour nous y rendre. Par la foi, nous sommes déjà en Dieu.

Il n’y a pas ce monde et un autre après. Il n’y a pas cette vie et une autre après. Il y a un chemin à suivre et à vivre. Et ce chemin, c’est Jésus lui-même : « Je suis le chemin ! » Jésus nous accompagne dans toutes les étapes de notre chemin de vie. Il nous guide et nous assiste dans tous les passages que nous avons à vivre.

Le discours d’adieu de Jésus m’a fait penser au livre de Bronnie Ware : « Les cinq plus grands regrets des mourants. » (2011) Bronnie Ware est une infirmière australienne qui s’est occupée pendant des années de personnes en fin de vie. Elle a recueilli leurs derniers mots, leurs vœux et leurs souhaits. Des thèmes communs apparaissent, dont ces cinq plus grands regrets quand vient la fin de la vie :

1 – J’aurais aimé avoir le courage de vivre ma vie comme je le voulais, et non pas comme les autres l’entendaient.

C’est le regret qu’ils ont le plus en commun. Leur vie étant presque terminée, ces personnes prennent conscience que bien des rêves n’ont pas été réalisés et que c’est une conséquence directe des choix qu’ils ont faits, ou non. Nous sommes malheureux de ne pas vivre notre propre vie.
2 – J’aurais aimé ne pas travailler aussi dur.

Beaucoup regrettent de n’avoir pas assez vu leurs enfants grandir et de n’avoir pas passé suffisamment de temps avec leur conjoint.

3 – J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments.

Beaucoup de gens refoulent leurs sentiments afin de maintenir l’entente et la paix avec les autres. En conséquence, ils se sont installés dans une existence médiocre et n’ont jamais pu devenir ce qu’ils auraient aimé être. Beaucoup de maladies sont développées ou entretenues par l’amertume qui les habite.

4 – J’aurais aimé rester en contact avec mes amis

Les patients en fin de vie pensent souvent à leurs amis. Les gens sont tellement absorbés par leur propre vie qu’au fil des années ils mettent de côté de précieuses amitiés. Beaucoup regrettent de ne pas avoir fait assez d’effort et passé assez de temps pour les préserver.

5 – J’aurais aimé chercher à être plus heureux

Beaucoup ne sont pas rendus compte que le bonheur peut-être un choix. Ils sont restés coincés dans de vieux schémas et dans des habitudes. Le soi-disant confort dans lequel ils étaient installés les a empêchés d’envisager les choses autrement, tétanisés dans leurs vies par la peur du changement.

  Dans le discours d’adieu que prononce Jésus, il n’y a aucun regret parce que sa vie n’est pas une vie finie, c’est une vie accomplie.



 


Dimanche 7 Mai 2017, 4ème dimanche de Pâques

Textes du jour :

  • Lecture du livre des Actes des apôtres ( 2, 14a.36-41)
  • Psaume 22  » Le Seigneur est mon berger, rien de saurait me manquer »
  • Lecture de la première lettre de St Pierre, apôtre ( 2, 20b-25)
  • Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean ( 10, 1-10)

Homélie du Père J-F Marmier

Pour entrer quelque part, nous passons généralement par une porte. Il vous est certainement déjà arrivé de passer par la fenêtre, mais habituellement vous entrez par la porte. Jésus nous dit : « Moi, je suis la porte. » Il se désigne lui-même comme le passage qui donne accès à la vie. En ces jours où nous célébrons notre libération pascale, Jésus nous dit que nous n’avons rien à escalader mais qu’il est le seul passage. C’est lui qui nous fait entrer dans la vie.

« Je suis la porte ! » Comment la voyons-nous cette porte ? Pour beaucoup, c’est la porte de la religion, une porte qui enferme dans des dogmes, des lois et des rites. Pour d’autres, au contraire, c’est comme une porte automatique : « On ira tous au paradis. Passez pompon les macarons les portes sont ouvertes… » Pour bien d’autres c’est une vieille porte envahie de ronces, un passage oublié dont on a depuis longtemps perdu la clef. Pour d’autres, cette porte évoque le passé, comme ces armoires remplies des souvenirs d’autrefois. Quand on les ouvre, leur odeur de tissus et de papiers réveillent un instant des mémoires enfouies. Alors, quelle porte Jésus est-il pour moi ?

S’il y a une porte, c’est qu’il y a aussi des murs. Chacun pourrait inventorier ses propres murs, ses élans brisés, ses désirs inaccomplis et ses voies sans issues. Quels murs me retiennent ? Quels sont ceux qui m’empêchent d’aller plus loin ? Entre murs de la honte et murs intérieurs, quelqu’un me dit : « Moi, je suis la porte ! » Jésus ne dit pas qu’il est une porte parmi d’autres. Il dit : « Je suis LA porte. » Il est le seul passage vers la vie. Nous ne pouvons entrer dans la vie que par lui et lui seul nous donne accès à Dieu : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jn. 14, 6)

Jésus prétend à l’exclusivité. Il dénonce ceux qu’il appelle des voleurs et des brigands. Les dirigeants du peuple auraient dû être des bergers spirituels, mais ils n’ont pas pris soin du peuple de Dieu. Ils ont cherché leurs propres intérêts. Ils ont détourné les gens de la vérité. L’Eglise doit continuer d’annoncer fidèlement et courageusement que Jésus est le seul chemin, la seule porte, le seul moyen de salut.

L’image du berger et de ses brebis nous est peut-être un peu moins familière aujourd’hui. La figure du pasteur souligne le lien intime entre Jésus et son disciple : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom. Elles le suivent, car elles connaissent sa voix. » Il y a une voix fiable en nous. Nous devons apprendre à l’écouter et à la reconnaître. Dans la prière et l’intimité du cœur, nous apprenons maintenant sur cette terre à reconnaître la voix du Bon Pasteur qui nous appelle à entrer dans l’éternelle vie.

Il y avait autrefois ces images de première communion où l’on voyait Jésus en longue tunique pastel la houlette à la main et tout près de lui de jolis agneaux blancs dans un décor hors du temps. Ces images étaient certes un peu naïves mais elles nous rassuraient en nous disant la bonté de Dieu qui nous guide jusque dans les prairies du ciel.

Nous sommes ici pour construire ce lien de confiance avec la Bon Berger. Notre vie est faite d’étapes, de passages et de traversées. Nous passons par bien des portes et nous apprenons à passer par la porte du salut, c’est-à-dire le Christ.

Quand Jésus dit : « Je Suis la porte », il nous rappelle que cette existence est transitoire. Cette vie ne constitue pas une fin en soi. On ne fait que passer en ce monde. Nous ne sommes que de passage : « Soyez passant ! » Rester sur le pas de la porte n’a pas de sens. Chaque être humain est appelé à passer et à entrer. Jésus a ouvert les portes de la vie et il nous appelle à le suivre : « Je Suis la porte des brebis. Passez par moi. »

Ce qui nous trouble et nous bouleverse, ce sont ces millions d’humains qui se mettent eux-mêmes à la porte de la Vie. Le Christ nous dit : « Je Suis ta porte. Vas-y, passe par moi. » Alors, tout dépend vraiment de notre décision. Chaque seconde nous est donnée pour passer. Chaque instant nous est offert pour ressusciter. A chaque pas, il nous faut choisir de passer par le Christ. A chaque souffle, il nous faut traverser le mur de nos lamentations. Au moindre battement de notre cœur, il nous faut franchir les murailles de nos nuits obscures.

Le chemin de notre vie peut être une longue et difficile transhumance, mais nous allons vers les prairies du ciel. Jésus est notre Bon Berger. Il nous appelle par notre nom, nous enseigne, chasse le mal et nous défend contre l’adversaire. Et surtout, il nous conduit au bon pâturage, c’est à dire dans le cœur du Père. La mort n’est plus la fin de la vie mais le passage vers la plénitude, vers la splendeur où tout est vivant. Jésus affirme que le passage c’est lui et lui seul.

Quand Jésus dit «  Moi, je Suis la porte », nous comprenons qu’il n’y a d’issue qu’en lui. Nous avons tous nos fermetures, nos blocages et nos enfermements, mais Jésus a triomphé de l’enfer et de la mort. Sur l’icône de la résurrection, l’anastasis, on voit que les portes des enfers sont brisées sous ses pas. Jésus est vraiment la porte de la Vie. Depuis Pâques, le passage est ouvert et c’est à nous de passer.

Je voudrais tellement déverrouiller la porte
de ma prison dont je serre moi-même la clef !
Donne-moi le courage de sortir de moi-même.
Dis-moi que tout est possible à celui qui croit.
Dis-moi que je peux encore guérir,
dans la lumière de ton regard et de ta parole.

St Augustin